Acuité

Que redoutez vous ?

les mots sont juste des sons et quand je les dis ils n’ont aucune résonance et ne pénètrent pas,

Pourquoi regardez vous dans le vague avec cette acuité ?

le corps et l’images sont crispés, non pas qu’ils bougent mais ils se tendent et s’ils sont détendus la présence est angoissée du fait que la parole est inapte, l’intention revient au chevet,

Et puis la crispation demeure comme ensevelie

des mots qui pris séparément posent l’immobilité

souvenirs
Naomi Kawase, la danse des souvenirs

Une phrase revient du film de Naomi Kawase, « Prolonger ne serait ce qu’un seul jour »

Un regard à l’oeil fixe, ce souvenir, ce corps raidi, comme plongeant dans une matière funèbre, mais une journée, nuit, étoiles miaulement, lune,

Tout ce qu’il est donné de connaitre, alors la main ne lâche pas, ni l’oeil, ni la volonté ne sombre.

La pluie vive de l’automne

aiguise les troncs de la forêt

 

Le feu d’argent se démène

la rivière reste dans son lit

 

Lézard se prélasse au soleil

lézard se cache dans un trou

 

l’éveil n’est pas donné à tous

l’éveil suppose de se lever tôt

 

Elle s’en va chercher de l’eau

Plutôt manger l’herbe tendre

 

Encore pas mangé à diner

sauterelle saute je la croque

 

 

Neige froide dans les lointains

dans le train du thé chaud

dans ma tête la pluie bruine

 

 

eau troublante

la trace qu’elle est la trace

les jours et des beautés

 

la pierre miroite

mène où la main

a caressé le grand

corps de pierre

l’eau troublante

la sève de la fleur

 

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il suffit d’un regard pour superposer les choses

Origami

(Lettre à Megumi)

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Je te regarde, je suis si mélancolique et je te vois pensive.
les yeux perdus dans le vague. Tu es de ce pays que j’ai regardé de mes yeux émerveillé d’enfant, ce pays de bambous de papier et de cerisiers, ce pays du grand calme et de la fascination bruyante. Un songe flottant comme un kimono d’élégance,  de fleur et d’offrande. Peut être je t’en aime encore plus ou es tu  cette élégance?

Mais soudainement je suis triste, tu ne parle que peu, tu songes ou tu es fatiguée, verte non comme une chatte ou une plante mais comme une forêt, je cherche plutôt à comprendre pourquoi très tôt cet œil m’a saisi, il n’est pas pétillant aujourd’hui mais il attend que la petite grandisse. Dans les yeux je me perds je te vois rire et tu es la pointe de toutes les ivresses et si calme tu lances des vaisseaux vers chacune, tu ris et tu surveilles la vie éclose comme une eau flotte la sensibilité, les lignes végétales dans l’eau, les algues et les mousses humides. Par dessus tout, quand tu aimes ton regard glisse, il ne s’ouvre que peu , il n’en a pas besoin, tu attends avec les fleurs blanches. Ces lys qui surnagent d’un piano.Mais soudainement c’est la fête et tu parles de manger, sushi ou mets glacé , je te regarde ému, amoureux même, je t’envoie un poème , il est question de portugais et de navigateurs conquérants, une jeunesse sous la lune et le mont Fuji, je cherche à t’atteindre et sans doute la beauté, lancer des bateaux moi aussi vers la cote du Japon.

Comme du champagne, rêve si doux, nous deux dans l’avion, origami que j’ai mis près de Toshodaiji . Traduit de l’incertitude, j’ai peur de te voir partir .

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Même noire

Astre Lune
même noire

je lève les yeux
fondée au blanc

te songe
la courbe

je scande la ronde
j’aime te voir

nénuphar nimbus
l’ovale
la tendre

te prendre pour eau et rire

Angèle Etoundi Essamba, Dialogue
Angèle Etoundi Essamba, Dialogue

Si une lune

des corps de lumières
la nudité est tombée
massif comme la nuit
un rythme lourd
en corolles
Papille
de pluie
lessive
de paille
jet de lait cru
sucre du firmament
Or de deux doigts fins

 

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Lune que j’aperçois au pas de ma porte

un chat

la lune me dis que tu es un chat, dois je te voir

 
comme les moustaches d »un chat
les mains défaites
les deux yeux la marche souple

Takeo Takei, cover design for 'The Jungle Book' , Japan, 1928
Takeo Takei, cover design for ‘The Jungle Book’ , Japan, 1928

Lune élue

le silence est si lent quand il tombe
se recueille à joie la bénédiction

comme des crépuscules comme en plein jour

Mais surtout nimbée le soir
sur le mat blanc
le cygne
la lune soufflée
entre les bois sombres
elle pleure
bleu brillance du noir
ou l’ange main
grains de lune
il faut descendre plus bas que les seins
je les aperçois
glisser plus encore à l’eau
dans le corps mis à la blancheur
mate et mure
il dévale de cette douceur
soie brune

 
comme des crépuscules comme en plein jour

 

nakashima
nakashima