saurais-je
me montrer à la hauteur
lorsque
l’hiver se retirera

saurais-je
me montrer à la hauteur
lorsque
l’hiver se retirera

s’obstine à porter sur le papier tous les mots qui creusent. Le réel se dépose sur les jours. Un geyser de force enserre le fil impavide de la musique. Tu te prépares à l’envol comme quand il allait à la becquée du mont Fuji.


Lire un roman d’Andrus Kivirähk c’est entrer dans un monde fantastique nourri de la culture populaire médiévale digne d’un tableau de Jérôme Bosch. À la fois hilarant et cruel, farce moyenâgeuse et chronique fantastique, Les Groseilles de novembre est considéré en Estonie comme le meilleur roman d’Andrus Kivirähk. Bienvenue au monde des kratts ! Que sont les kratts , on ne sait pas exactement, entre la créature fantastique et le robot médiéval, ce sont des créatures fabriquées de bric et de broc par les humains puis dotées d’une âme par le Diable. ils volent, dérobent et font le jeu d’une population sans foi ni loi ne songeant qu’à duper le voisin, s’enrichir ou faire les quatre cent coups. Ces hommes et femmes d’un autre temps, mais n’est-ce pas nous sous le vernis, rivalisent de roublardise et font glorieusement étalage des vices, allant jusqu’à berner le diable. Entre fabliaux, saga et conte des temps anciens, l’univers d’Andrus Kivirähk est à découvrir comme un grand mythe européen et nordique. Son autre roman : « » , demeure indépassable et l’on vous conseille de courir à la bibliothèque vous en emparer car ce livre agit comme une antidote à la platitude de la grande partie des romans d’aujourd’hui. Ici rien de tel pourvus qu’ l’on ose le hors piste et l’aller simple vers l’Estonie est un voyage sans retour.
Andrus Kivirähk est un écrivain estonien né en 1970 à Tallinn. Phénomène littéraire dans son pays, journaliste et essayiste, son œuvre importante suscite l’enthousiasme d’un très large public qui raffole de ses histoires. Il écrit des romans et des nouvelles, des pièces de théâtres, des textes et des scénarios de films d’animation pour enfants.
Pour aller plus loin :
Sur l’auteur , [la fiche de Babelio](http://www.babelio.com/auteur/Andrus-Kivirhk/248548″Andrus Kivirähk ») Sur les groseilles de novembre, [la page du Tripode](https://le-tripode.net/livre/andrus-kivirahk/les-groseilles-de-novembre »Les groseilles de novembre ») Sur la langue des serpents [un article du monde](http://www.lemonde.fr/livres/article/2013/02/14/le-dernier-sifflement_1832309_3260.html »L’Homme qui savait la langue des serpents »)

RêvHäiti, recueil de poésie aussi proche de la musique que de la vidéo par les raccourcis qu’il opère, est typique de l’œuvre de cet écrivain majeur de la Barbade qu’est Kamau Brathwaite. Encore une fois, les éditions « mémoire d’encrier » nous permettent d’accéder à un monde littéraire peu fréquenté : le quotidien palpitant de vie, les tragédies, les sons et les images d’Haïti.
Kamau Brathwaite, écrivain de langue anglaise, ouvre pour nous une langue puissante, riche et vivace, surprenante par son rendu musical et plastique qu’il rend sensible par les effets typographiques, foisonnants comme les habitants de l’île. La poésie se laisse traverser par le parler de cette île dont elle devient l’icône. Un patchwork narratif que l’on imagine bariolé et sucré, mais loin des clichés, entrecroisé des destinées fières et tourmentées, héritières de la misère et de la pauvreté, de l’histoire née de l’esclavage, de la révolte, de l’histoire postcoloniale de la Caraïbe. Le poète à la joie et la faconde, nous le rend palpable par son verbe et nous livre une création artistique exigeante où les mots font l’amour et que la traduction, défi incroyable, rend possible. Lire ce recueil, c’est accepter de se laisser surprendre par un verbe qui nous emmène directement à l’être humain, capté dans sa diversité éclairante.

Edward Kamau Brathwaite est né le 11 mai 1930 à Brigetown, à la Barbade. Il est considéré comme l’une des voix majeures de la littérature caribéenne. Brathwaite a été professeur de littérature comparée à l’Université de New York et a reçu de nombreuses distinctions, dont celles-ci: Griffin Poetry Prize 2006 pour son recueil Born to Slow Horses, le Prix Casa de las Americas, le Prix Neustadt, le Prix Bussa, etc. Utilisant la langue vernaculaire aussi bien que les innovations linguistiques et typographiques, Brathwaite écrit une poésie qui tisse adroitement le fil des thématiques postcoloniales, historiques et personnelles qui lui sont chères.
Pour aller plus loin Quelques mots de l’éditeur sur le poète ici Sur le site des éditions « Mémoire d’encrier »

« Illska, le Mal » de l’auteur islandais Eiríkur Örn NORÐDAHL publié aux éditions Métailié est un livre qui frappe fort. Dans cette période sombre de la seconde guerre mondiale et de la montée du nazisme, l’amour d’une femme pour des hommes dans le tumulte de l’Histoire qui entraîne dans la tourmente.
Le pitch : Événement dans l’histoire mondiale : Agnes et Omar se rencontrent par un dimanche matin glacial dans la queue des taxis au centre-ville de Reykjavik. Agnès rencontre aussi Ornar, un néonazi cultivé, pour sa thèse sur l’extrême droite contemporaine. Trois ans, un enfant et une crise de jalousie plus tard, Omar brûle entièrement leur maison et quitte le pays. L’histoire commence en réalité bien avant, au cours de l’été 1941, quand les Einsatzgruppen aidés par la population locale, massacrent tous les Juifs de la petite ville lituanienne de Jurbarkas. Deux arrière-grands-pères d’Agnès sont pris dans la tourmente – l’un d’eux tue l’autre – et, trois générations plus tard, Agnès est toujours obsédée par le sujet.
L’Europe du nord et notre époque contemporaine en proie au nazisme . Autour de l’intrigue centrale les récits s’entremêlent, fascinant mélange de ce qui est réellement le même sujet , qui se répète, qui tourne en boucle et s’enracine dans le quotidien le plus ordinaire, le plus angoissant, car nous y reconnaissons notre quotidien, faisant de cette histoire notre histoire. Un livre atypique souvent drôle qui nous parle des aspects sombres de notre époque et dont la lecture est urgente car il nous parle de ce qui nous ronge.

2005, l’ouragan Katrina vide la nouvelle Orléans de ses habitants et laisse un champ de ruines derrière elle. Trois mois après, les premiers à revenir sont les cuisiniers et les musiciens car la Nouvelle Orléans est connue depuis toujours pour sa musique, le jazz et bien sûr sa cuisine : ce sont ces personnages que nous allons suivre. Par ces musiciens, ce sont des pans entiers de la culture créole que nous découvrons, fanfares des quartiers, musiciens de jazz se couchant au petit matin et cette tribu étrange des indiens Mardi gras aux costumes étincelants. Et bien sûr, toujours la musique et la vitalité revigorante qui s’en échappe.
Tel est bien le propos, la création et la vitalité font de la Nouvelle Orléans un endroit à part, un endroit unique célébrant la vie, la joie et l’humanité, laissant derrière elle la corruption et la criminalité.
David Simon, écrivain, journaliste et producteur est l’auteur de cette série magique. Mais bien avant celle-ci, il s’était intéressé aux ghettos de Baltimore d’où était sorti la série emblématique « Sur écoute » (the wire) dont l’ambition était d’être à la croisée du roman, de la sociologie et du reportage. Pour ce faire il s’était entouré d’écrivains dont Georges Pelecanos, un « grand » du polar américain. Pour « Treme » il récidive en se mettant passionnément du coté lumineux de la force pour célébrer la vie et la création.

Kuessipan de Naomi Fontaine, publié aux éditions du serpent à plume propose une immersion dans les communautés innu du Québec, est avant tout un voyage poétique d’une grande finesse dans le quotidien et la pauvreté.
La jeune écrivain innu nous raconte les mille et unes vies de ce peuple oublié. Un peuple qui a gardé de son passé la faculté de s’émerveiller et de compter des histoires même dans le sordide et la dureté de la vie contemporaine sur la réserve. Vie détruite, espoir et résistance sont prétexte à poésie et l’on voit des gens ordinaires aux prises avec l’alcool, le sexe, la violence, le monde si concret d’aujourd’hui.
Mais que la prose de ces textes courts est belle! La vie de ces ghetto ressemble à un gros diamant noir dans le calme abandonné de la baie.
L’auteur : Publié initialement aux éditions Mémoires d’encrier au Canada, Naomi Fontaine Écrivaine, enseigne également le Français au secondaire dans la communauté innue de Uashat où elle est née. Son premier livre de récits Kuessipan (Mémoire d’encrier, 2011) lui a valu une mention pour le Prix des Cinq continents. Elle a participé à la «caravane francophone» en Haïti en 2013.
Les éditions mémoire d’encrier : Fondée en mars 2003 à Montréal par l’écrivain Rodney Saint-Éloi, Mémoire d’encrier est une maison d’édition résolument indépendante qui publie des œuvres de fiction : roman, récit, nouvelle ; de la poésie, des essais, des chroniques, de la littérature jeunesse… Le mandat éditorial est dans l’aménagement de passerelles entre les imaginaires du Nord et du Sud. L’idée de base nourrissant le travail d’édition est le dialogue des cultures dans une perspective de solidarité et d’acceptation de l’autre. Le catalogue, avec plus d’une centaine de titres, reflète une grande diversité avec un corpus d’auteurs et de textes canadiens, québécois, amérindiens, caribéens, africains, européens. Ceci pour refuser l’exclusion et pour redéfinir un vivre-ensemble. voir le site et la page sur alliance
Pour aller plus loin :
voir la critique sur babelio
Retrouver Naomi Fontaine sur France Culture et wukali

© Angèle Etoundi Essamba, voile et dévoilement, le livre
Par la force du vent
l’éclat d’une porte entrebâillée
j’ai vu
une voile blanche
une ombre figure un cil
une main
ramène sur les yeux
pour que coupe le soleil
un air de coton
aussi blanc que l’écume
gggg
La nudité était dehors
dans l’étendue indifférente du monde
à portée de main
sur le mur qui s’écaille
beauté cratère
sous les brins tissés de la rue
l’érosion
constante
au fil de l’eau
sur les paupières
la morsure du sel
chauffée par la brulure
© Angèle Etoundi Essamba
Ouvre le livre
c’est un chemin sur la beauté
intime
et qui ne livre rien
une juste distance entre la vague des êtres
et dans l’optique
regard vers l’intérieur
œil épris des lointains
non le lointain qui éloigne
mais le lointain intime
qui par l’iris
semble filtrer
les secrets des étendages
le doux sourire
toute la lumière obtuse du monde
Ce fil
lumière
l’assurance sereine des jours
Un œil sans un visage
un buste sans un corps
seuls les murs se lézardent
la terre recouverte d’un peu d’herbe
croute sur la peau
conscient d’un mystère
uniquement
s’enrouler de nuit
ou se croire
obturation maximale du jour
dans le même lieu
d’une vive voix qui n’est pas la sienne
Je ne peux parler à ta place
se confondre avec le sable
Mille voix et la mienne
plusieurs temps et un lieu
si j’y suis
et que tu es toi
jjjj
Qui dit comment s’approcher
de la rudesse de l’eau
qui dit comment marcher sur le sable
tutoyer la distance
les infinies possibilités du labyrinthe
l’unique trou de souris
l’éclat du vent
la vie aux mille couleurs

© Angèle Etoundi Essamba, voile et dévoilement
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C’est Aunryz Tamel, dont javais apprécié l’écriture qui nous offre ce très beau texte sur le thème dont nous avions convenu de « Ce que nous fait le vent »
Et qui m’accueille gentiment sur son espace « les décourcis de Lélio Lacaille »
Une femme, un lourd panier de pommes au bout de chaque bras
autant de soucis que de fruits derrière les paupières
Un homme que ses ancêtres
vigilants spectres qui ne le lâchent pas d’un pas
tiennent droit comme l’épée qui blesse sa hanche
lui interdisant tout commerce de l’œil et des lèvres
La foule, en une vague dense, menaçante, joyeuse
qui s’en va, place du marché
manger des pommes ou les voler
Un âne dont l’obéissance fait durer l’existence
et qui lâche sans malice
– mais rien de certain –
un vent odorant où la ville se dissout
pour un temps
Deux enfants qui poursuivent
chacun le souffle de vent que donne le corps de l’autre.
y
(Beaume les Dames)
De tous ces passages
que le temps et la pierre ont murés
j’entends le vent triste
J’entends le murmure éteint
la supplique figée en son ombre
le souffle tu d’une bouche scellée
(c) écrit par Aunryz Tamel pour ces vases communicants de septembre
Pour la liste des autres vases co de ce mois (et des autres mois) ils sont ICI
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Là il n’y a plus de paraphrase ni de métaphore, le monde est poétique comme les croutons de terre adhèrent aux chaussures. La terre, le ciel et les vivants voyagent par les paupières, le pouls de la phrase dans la page de l’homme qui marche, surtout celui de l’enfant qui s’embarque.
De ces rivages vides il m’est surtout resté l’abondance du ciel
Je lis ces premières phrases et je me dis que la métaphore gène l’air de l’homme qui respire, le bosquet qui le déchire et la vue qui voit au loin, l’homme porte avec lui le ciel et va au devant de son histoire sans que cela ne soit mental, découpe une purée de lentille
