l’oeil en corps


un enracinement vers son horizon en quelque sorte

la vision d’une terre qui enserre me rappelle à ma réalité d’exil, je peints cette rive comme un voilier caresse mélancolique les herbes et les mottes du rivage, l’appartenance pris entre la vague et le vent, saudade ambigue entre empreinte et poussée des sèves, tellurique, le temps prononce la sentence et matière, promet des floraisons ;
les mots eux ouvrent l’espace en vent debout à la déchirure qu’impulse le désir, l’oeil dans la toile de l’absolu entrouvre, pétillant le pressentiment au vivre, hors de tout propos les mots comme une liberté dans les blancs, deviennent la langue inconnue, ivre comme la brise qui pousse et vibre au corps car le sens et la trace sous-tendent le piège et pourraient ramener en arrière ;
c’est donc dans les vides et le sens accordé à l’horizon , le chant improvise une mélodie certaine et résonnent du chaos du pas de l’homme qui marche et déchire le tissage du monde comme un passage ,
pris entre ces deux ancres, l’une amarrée et l’autre fine comme une soie solaire, pris entre le devoir de fidélité, sûr de son tracé opaque et l’aimant d’une voile ivre à l’assaut de l’ile , la mélancolie et la joie maligne donne à l’oeil l’envie d’embrasser l’absolu des joies à venir

bleu catalan

la terra encisa el cel
trenant capricis d’aigua
amb els mugrons glaçats

l’aurora es mostra
ardent i seductora
cortesana oriental

encavalcant a l’horitzó
l’erreció solar
a tota brida

les fulles es gronxen
abstretes
en trèmul murmuri
suspeses
per l’halit terrestre

llavis
beuen
llavis

llum celeste
mar ingràvid
de puresa

(ramon Dachs, poemes mímins; éd. Proa)

Mascaràde … version hot



au port des mots en liasse


Le reflet

des drapés de lune

pend

aux plis des branches

grave et grise

filasse

les croches en mailles

emplis

les cordes mâles

frappent

lisses

et rippent le long du manche

croassent

à tire

d’elle



car le chat huant

chouan ou chouette

bouc ou hibou

zèbre ou ours

peloche ou anchois



à jase

le loup grivois

ose

des coup de langue par en devant


il mime en torsion l’angle à l’œil du visage

il fait owl

en exagérant la poussée des dents



racle

réfrène

la frénésie

de

son

refrain

bas

résille


le saxophoniste, ému, c’est coincé l’anche alors qu’il tentait de s’arracher un poil nasal, ça m’apprendra à penser à Boris , il grommelle et zozotte; le bémol s’enraye, zag en zig … ol’Tom, lui, se met à chialer dans ses hoquets car Rosie c’est too much …



crevasse

en fut

de

lune

plaquée

l’écaille

enfuie

fer

ni

somme

ni

fer

jar au vert



rousse aux lèvres fendues

au col

et froisse

les décolletés tressés de fins des mondes

à la pleine moon

le halo

shine



et étrangement les blancs des seins des poulardes lui paraissent plus verts,

indubitablement les lauriers sauce dessinent des tranchées roses à

la lumière des lampions



tresse

ail

besse

caille

aux

fesses



au
soir

tombent

les

flocons

sangria

les groseilles

prêchent

rouges

pair

fusent

le jus jujube

« sangria »

l’ œil

myrtille

de sang


mais de tonnelle



il pense à Bunuel et ébroue ses pensées comme un saule pleureur rastafari qui se serait coincé l’œil sur les taches de rousseur rebondie d’une hollandaise rosie



la joie

s’ébroue

l’ heure

en bulle

tachète

en mas

haras

de

mouches

tiquent



amas aussi froid que ces escaliers qui descendent vers la nuit entre les colonnes touffues d’où jaillit l’inquiétude, verticale, le silence de l’ombre.




il rit

les plâtres riment au masque d’albâtre




en silence

car

tout est blanc,




or

c’en est presque odieux, indécent

cette mélodie lointaine émerge des statues flasques

le moule revient en plâtre mou d’avant la statue

au ralenti les sons

pas un bruit mais une déchirure bruyante,




man groove




Le bal démasque

s’affole

s’ébruite

l’ébriété




ce champagne se boit noir et les chips flottent

il se prend à tracer des chemins dans le sable et les bulles rayent le verre par effraction,

La brume se tord comme un linge que tu essores,




en

joute

il tangue

de mains

en

main

experte

mais

moites


comme tremblant de l’autre coté de la peur



les cils

touffe

en soie

au pli

pubère

des jambes

le doigt
lent

sillonnent

les

cotes

vers

l’échancrure

trapèze

d’échelle

en huit

de quatre

en six


mais il n’est que gondole au dessous.




Finalement la musique est triste et les cordes trempées, l’humidité de Venise en hivers et le prêtre roux n’a plus son archet,

quand aux bois entre les crocs des loups, les perdrix se sont enfuies…

Au ras
les
flots
l’air brisé
claque
et
cloque
se
voilent
les drapés

d’un miasme de fête.

La carne
colle
aux
voyelles
con
sonnent
et ut
et russe

voltigent les piges du journal en papier

les
robes
lourdes
les
lettres
crues
les
ruelles
torves

Baigts de Béarn


« Ceux qui ont été une part incommensurable de nous avant notre mise au monde, ceux qui nous ont légué leur sang, leurs songes, leurs yeux, une expression, la récurrence d’un rêve, un regard, un élan, un désir,- ceux par qui et en qui nous existions avant de naître- ceux qui existent en nous après leur mort, ceux qui nous insufflent une pensée, une peur, un amour, pourquoi le fleuve souterrain de leur sang, n’aurait il pas aussi entrainé, dans la trame de nos nerfs une image, le reflet d’un éclat de jour, la plainte obsédante d’une voix . »

Michel Suffran a pu dire cela , parlant de Francis Jammes, poète béarnais, de mère provençale, de père né à pointe à pitre, de lignée voyageuse et enracinée, ayant vécu à Orthez à quelques kms de là où je suis né et ai passé les premières années de ma vie, Baigts de Béarn, cela résonne dans les mots de Francis Jammes:

« Dis?…Toi, je t’ai connue toute petite,
je refais tout mon rêve avec je ne sais quoi?…
Je veux te battre avec des fruits de clématites,
je veux sentir ta gorge en calice de lys,
et écouter le cri de ton éclat de rire
monter sur mes baisers qui grêleront vers toi.

N’ai pas peur : nous prendrons de vieilles poésies,
des choses entendues qui se sont confondues,
des mots qui ne sont plus qu’une musique obscure
et le soir glissera dans le jour qui vacille
dans la cuisine obscure où semble encore assise
une servante morte au sourire docile.

Les fleurs ont éclaté en face du soleil
les chiens aboient et les volets sur les glycines,
s’ouvrent dans un fouillis de feuilles en sommeil.
Tu désengourdiras ton bras lisse qui glisse,
et nos yeux fatigués ne verront sur la plaine
qu’un tournoiement d’amour sur l’eau de l’azur clair. »

(Francis Jammes, élégie seconde; le deuil des primevères, poésie gall.)

Baigts de Béarn, en hommage à mes premiers pas qui de chutes en relèves se sont déroulés dans cette beauté campagne, B de B entre ma naissance et mon chemin

mi alma

lam, âme , alma , alba , a… le mot resplendit de langueur tendre son fulgurant de sens à l’espace de l’humain, est comme une tracée blanche et dessine ce que l’on peut entrevoir de plus pur , de plus beau, entrouvre une tendre déchirure dans la matière opaque , mélancolie qui se mire à l’immense ténébreuse du désespoir ,

mi alma , je tient à toi comme à un filin de lumière qui sous-tend l’ossature de mon pourrissement, à quoi je me résorbe toute voile dehors, l’oeil aux étoiles .

tu es ce qui me trace en filant, or étincelant d’instant.

Amélia Nene


Toutes les voix
Se sont tues
Seuls persistent
Le ciel la terre l’esprit
et les rires qu’étouffent
les murs.

(Amélia Nene, Fleurs de vie, éd. Présence africaine)

Amélia Nene, poète congolaise, épouse du poète Jean Baptiste Tati Loutard , figure sertie dans le métal le plus pur, épouse, mère, militante , poète méditative, devant le drame de l’existence , j’aime la concision du chant profond murmuré comme une mélodie , noire , emprunt de tristesse mais ayant atteint la rive de celle qui sait.

Uzeste

avé laksan

Uzeste encore néanderthal ço qué cal dans le toupin grasal de Delteil l’accent revient en rive inaccesssible tous les s tous les k se roll n roll pas troll sans trouille , voila cessa ma rive en si en ut et vive ma patrie de lune qui rime à l’ail à l’oc ad hoc

à écouter toi qui vibre de tous les a&nches de tous mes becs en clés je frappe je tape j’enclume à bout de rire en vague lyre

http://www.uzeste.org/a/index.php/Improvista/HomePage?P

Jean Capdeville

« livre d’artiste, un auteur chante , je danse autours »
(jean capdeville , peintre)

quand j’ai lu ses mots ce fut un éblouissement ,
il y avait le chant et la danse deux mots tronc pour moi ,
et cette façon de le dire , si simple , si totale comme une évidence ,

quel grand peintre ! libre ,
libre car fidèle à ce qu’il sait être et qu’il creuse , creuse ,
et la force, la force de la terre , la force des roche , le sang , le son sourd , total , la résonnance ,
le refus de renoncer à ce qui s’instille
sang hématite la terre le corps se sait et s’élance le corps le tout ,
les deux pieds rieurs tiennent à cet aimant

 » la peinture, les peintures toujours cette plaque noire, symbole et témoignage d’un attachement mortel cassé en deux ,, la guerre – que je tente de ressouder dans la limpidité, la chaleur du possible – jean »

la poésie sous les verrous

« … fut elle gratuite, rien n’est plus dangereux qu’une insidieuse voix de poète, qui parle d’amour et de lune, de jasmin et de rosée dans le quartier des esclaves, et dont les inflexions nostalgiques ont le tremblement même des mains tendues par le désir. Désir d’aimer, désir d’étreindre, désir d’être libre et de s’ébattre, de manger à sa faim et de jouir de la vie, il n’est qu’un seul désir…. et l’essence même du désir est une menace pour la chiourme en soutane ou en uniforme ; et quiconque l’exalte ne peut être qu’un ennemi de l’ordre. Plus dangereuse encore est cette voix si elle n’emprunte ses accents qu’à ceux la même qu’elle veut bercer et nourrir et dont elle se veut la conscience. Le génie de Federico Garcia Lorca qui, dans ses manières, avait de l’ange pourtant, n’a jamais cessé d’employer le vocabulaire des hommes, des bêtes et des plantes. »
( Jean Rousselot, Federico Garcia Lorca ou le rossignol assassiné, 1956)