yeux et lèvre mordue

rentré rapidement dans la pièce, pas fait attention au vivant sur le lit. Lorsque je me penchais pour l’interpeler, je vis du sang séché dans ses lèvres, incongru, ses yeux regardaient avec attention un coin de la pièce, je l’appelais, approchais mes yeux des siens, agressivement pour les capter, détourner leur direction, je vis qu’ils étaient tournés vers l’intérieur  ou que les connections ne permettaient plus le voyage.

Pourtant ils étaient lumineux. 27839_119837484714592_6535945_n

des premiers mots nait

Jute sur les genoux et tous les jours entre deux broussailles les nuages permettent de voir un peu plus clair épaississant la lumière qui sinon aveugle réduisant tout le visible à l’espace, l’aveuglement qui n’est plus clarté, l’essentiel cache et rien ne demeure à moins de s’y fondre

De l’obscurité arrivé au pied d’un désert se profile la ville qui comme les pierres n’est qu’une dormance la matière où les hommes se protègent, les femmes vêtues de noir y entrent comme portant des récoltes et il n’y a pas d’arbres juste l’ambivalence d’un sentier faisant penser à un sexe de femme ouvert sur une coulée d’eau dont la jeunesse apaise permet à la vie de respirer comme je te parle à l’aube ce matin sans heurt et que l’air est beau quand l’eau et la source jaillissent d’un sentier où meurt le chant

Voile pudiquement retourné comme je dis mon Amour un fil relier entre les pierres j’ai bien vu les jambes enrouler la soif comme la rosée gouttent les perles un jus de la toison et à l’orée franchissant sans pont voir écouler les saveurs et la musique faire le compte en égrenant les possibilités offertes aux étoiles et comme un parchemin aller de par le monde chemins de montagne atteignant à la mer aux cotes des nuages, par la lunette de l’astronome engloutir miel et citron cuisson douce au feu d’argile tajine ta fleur suspendue aux traces de ton parfum

Comparable à la douceur la nuit à la pliure du soir mon oeil comparable au sextant se fie aux étoiles seul point dans l’obscurité le cahots des heures le fil de laine ma vie comme allongée au chemin mon regard animé quand je te vois mon esprit sur les cailloux pousse la rives vers le ciel le blanc ceinture d’argent la poussière où la couleur joyeusement ceint

inspiré d’une peinture de Raffi Kaiser et de ma vie

il n’est de bavardage

Avènement

Ce sont des bronches que retiennent le souffle, mettent en doute toute la prose qui tente de se justifier elle même comme une suite qui prétend clarifier ce qui ne peut l’être, mot attenant à lui même et que rien n’explique, on ne peut que retenir son souffle et savoir que dedans un feu

Tranchant autour d’elle ; se présentant au soleil et éclipsant

Quand un mot se dresse comme un arbre aussi mystérieux que les olives et une trouée dans l’opaque, un mot laisse se muer le muet et se désengage du style, circonlocutions et figures ; car partout comme cette discrète entente pourtant si visible sonne de tous les accords la douceur et la compréhension, la récurrence, la musique du regard et la voix, la douceur d’un seul tenant est bavarde et retenue, se fond en avançant dans l’ouverture des lèvres qui prononcent cerclées de rouge, imprudemment ennemie de tout ce qui est convenu, attendu, prévisible.  Il n’est rien de tel, rien n’est à l’affût, il faut être attentif car de saisir il n’est même pas question, peut être simplement enclin à être d’un même pas, c’est une harmonie, nous parlons de poésie.  Suffisamment à l’écoute elle est palpable mais ou est elle et à la nommer, la désirer, où est elle , elle ne se fait pas annoncer, la poésie circule dans les bribes et les regards, renaît des cendres comme un envol, est-t’elle à mes pieds, moqueuse et dort elle ? attend elle que je m’endorme pour surgir, discrète et câline et insistante, surprenante, prête à tout pour vivre et incapable de renoncer, ranime et que soudain elle advienne quand le mot transporte dans son ombre toute son ombre de sens, en elle dans nos temps je l’espère et à l’ écoute et que le mot soudain vrai éclate en son épure toute la splendeur du sens, ce fleuve dans cette simple lettre le moindre mot ne se sépare du suspend des lèvres, à jamais mêlé au mystère, sans métaphore et sans brouillon, prêt à tracer à la volée le trait qui déplie les outrepassements.

Derrière la buée de la densité accueillir l’entendement et en respectant le silence, attentif s’en imprégner.

Et volent les bords du dire qui sont le libre de ce qui n’est plus visible  ; dans le tracé un visage dans un pull, une voix et un regard sont ce vertige, le mot surgi d’une plénitude repose sur un socle que l’on sait certain à le deviner si présent, à sa suite  chaque instant est la somme de l’un à l’autre et demande de s’ajuster.

Jules Olitski

On aura cru toute sa vie qu’il fallait la protéger  quand elle est partout à l’air libre et rassemble.