grands fauves, alouette sereine

Pour moi la littérature ce n’est pas me tenir dans l’antichambre pleine de monde et plonger dans le babil mais bien plutôt me mettre à la fenêtre et être attentif aux bruits du monde qui couvent sous le brouhaha et ce glacis de l’antichambre. Ouvrir la fenêtre ou l’entrouvrir car il fait froid et il faut pénétrer dans l’intérieur des hommes, ce sas où il se dit tant de chose, qui est le clapet ou le maxillaire quand la mâchoire s’actionne et laisse échapper des filets de mots, l’odeur du dernier souffle et les souvenirs du grand air, les tensions de la lune et les moments du crissement sous la plume, rage douce qui réveille les morts. Il y a les images mais surtout ce courant d’air que fait le cerveau quand il lance ces balles, suivre la trajectoire des ailes qui va plus vite que le style, sans qu’il soit question de pensée, d’abstrait ou de vies à peines refroidies, d’analyses sociologique, de médical ou des grands fracas des paroles de tous les jour, attisées par la violence et la courte vue de devoir vivre, sans recul. Car après ce moment les livres s’endorment où sont consignées les histoires, le grand ronflement de l’auteur, le livre pour échapper au temps s’est clos et n’a pas su resté ouvert, en suspens et plus rapide que les jours.
J’entends par contre les accroches qui sifflent, les voix des thébaines qui si elles ont été lâché avec suffisamment de force ont la décision du cameraman quand tombe le mot  « action! » .

Petrarque avait sa laure we got jazz we got scat we got life

image

Je ne suis pas en haut d’une montagne,

ni au bord d’un ruisseau

ni accroché aux pales d’un moulin

pas plus coincé dans la spirale du cahier

ni dans le ressort de la montre

Parfois je me fais l’impression d’être entre deux planche

un clou dans la chambre à air

mais c’est une illusion

je dois démentir

je ne vaux pas l’encre de mon stylo

j’ai dératés

dérapé

je ne fais pas de jeux de mots

de crocs en jambes

mes boyaux sont bien en place

et peu gonflés

ils ne sont pas la panse de brebis farcie

ni ni le chapeau du chevalier qui dit ni et veut un shrubbery

 

Et dans la purée de poix épaisse par brassées longues j’ai croisé des chaloupes de réfugiés désespérés, le ciel a bavassé se couvrant des plus folles expectations par grands bandeaux colorés des mouettes faisant la planche

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échappée

Les limitations,
lisez les fjords, les creux, les puits sans fond, les failles les passages souterrains et les cavernes tout comme les fusées qui s’échappent dans le ciel et font long feu et tournent court
les aspirations et tourbillons
quand les grands moments de décomposition à l’intérieur semblent s’imposer à l’infini supposé des possibilités
accrochent d’un crochet sombre l’iris de l’oeil

les chemins n’ont pas succombé à la mélancolie des marécages et bien fermes font une passerelle

quand on se jette à l’eau, claire ou trouble
sujette aux tourbillons et que la voile claque au vent

l’appel des sardines et des palmiers au bout du noir.

il y a comme une plume parmi les couleurs et qui tente de faire reconnaitre la musique comme une couleur, même par temps de pluie, de neige et pendant la nuit, un brouhaha si dense que la densité dans un cri se fige et fige

(c) inconnu
(c) inconnu

bien sur le rythme,
ce n’est pas très éloigné de ce qui se passe dans la rue, ce n’est pas une photographie cinématographique mais un pouls gorgé de langage à la limite, là aussi de la rupture et un ton qui monte, la surenchère parvient à faire remonter en éructions, parfois s’efface comme on s’éloigne. Sans point, juste une approximation.

Ce qui m’inquiète ce n’est pas de retirer la cerise du panier mais de jouer avec l’idée, tendre ma main vers ce creuset et avoir envie qu’il me morde

Il y a le carré et la conversation qui bruisse, quelque chose au fond s’amuse de rester en planque

quelque chose sent bon, ne sourie pas et s’apprête à sauter au cou du monde

quelque chose quelqu’une,  au fond du panier comme un bonbon, une tranche de jambon, une liqueur, a faim doucement salive

(c) watson square painting
(c) Birgid Watson square painting

en approfondissant des images de treme

Quand les choses ne sont pas arrêtées par les limites rassurantes de la fiction, mais qu’il n’y a pas de berges pas même celles d’une chanson 

l’après Katrina, parler ou se rassembler revêt une signification désespérée et magnifique, on en vient aux mains, intimidation, respect, on rejoue la vie du jour, scande aux limites de la la ville qui pulse et les mots sont une gêne, l’émotionnel plus que jamais déborde et il suffit de regarder, sentir, ouvrir les oreilles et les costumes comme les déguisements dont la nature se pare , le monde indien est magnifié, sublimé et on pense aux oiseaux, poissons tropicaux organismes microscopiques, eux ont aussi font oublier qu’il y a un intestin et que les finalités sont de manger,  se reproduire, se fondre dans l’énergie électrique de la ville rejouant l’homme dans la ville, affleurent la pression énorme et la confrontation destructive créent de l’énergie qui se révèle lors du mardi gras. l’homme est chargé de tout ses venins quand il va parader, poussé à bout. S’additionnent à la catastrophe, à la folie des jours et la violence de ne pas parvenir à en parler. On en rit, on scande, prend une photo, pris dans la suite de ces humains de la nouvelle Orléans. Du moins c’est ce que j’en perçoit et ne s’agit il que d’un jeu très sérieux qui puise ses racines dans la vitalité et la célébration.

Et pourtant rien a changé de cette folie disruptive, cela a lien la nuit ou dans l’humidité, il faut se parer et laisser aller la parole qui scande, souvent d’un quotidien complètement en rupture, d’où la voix aigre et impatiente, la faim mais le rire et la soif de vivre, les personnages de Treme le disent bien assez, les choses sont bien plus crues et c’est comme cela qu’elle apparaissent, sans graisse, sans distance dans la nuit qui l’inverse du jour et sans cambouis

A écouter quelque chose continue à se jouer sous les masques de cet intemporel, on y négocie sa place dans le monde, armé de reconnaissance qui comme en Afrique est affirmée à la limite de la rupture et reprise en choeur, dans la longueur. Il y a de la provocation, de la revendication et de l’affirmation dans ces parades d’une nuit, et c’est pourquoi là à la Nouvelle Orléans plutot qu’ailleurs sur le territoire américain, envasé dans la semblance et la reproduction à l’infini d’un même shéma sans différenciation ni espoir, les villes de l’Est et d’ailleurs, je pense qu’elle prend une autre forme, quasi fondamentale plutôt qu’incidentale, comme celles du rap et des autres formes urbaines actuelle ou se perpétuent quand même ces tendances à la volonté de reconnaissance et de place dans la communauté, semblables à l’inscription dans des mouvements noirs tels que le Harlem renaissance et la Blaxploitation , ici la fusion entre le monde noir et amérindien avec c celui de la civilisation créole s’opère dans les détours et les renversements qui ne concourent pas vraiment à la formation d’une identité créole recomposée mais s’inspire en miroir pour formuler une réponse qui renvoie chacun à un imaginaire, à un ailleurs, à autre chose qu’au rapport de force quotidien. Y a t’il le temps d’un soir une issue à cette frustration et la misère, et même si la violence érupte,  les flots de la ville qui partagent les quartiers semble tout réunir dans un jazz ancestral, fondamentalement différent ,du moins la encore c’est ce que je perçois.

Mais il est intéressant de se reporter à l’histoire de cette pratique particulière qui dénote à la Nouvelle Orléans, de quoi s’agit il ? Une vidéo en retrace l’histoire.

 

je ne sais pas, je parle comme on élèverait la voix, non à toi comme dans une conversation mais comme dans une conversation vers le monde ou poussé par celui-ci, ou Dieu ou quelque chose en moi qui m’échappe, non comme un monologue mais une conversation, une forme de style qui tenterait de reproduire le monde dans le non dit de la phrase, le phrasé celui-la étant une évidence partagée, l’adresse alors n’est pas tant dans ce qui se dit que dans ce qui se véhicule, souvent à l’insu mais qui est le véritable moteur, les mots alors sont importants. Ils prennent la forme de la bouche et des bras, ils en ont l’odeur.

Le poète, le chanteur, le guerrier serait alors un brodeur et il a à cœur de poursuivre l’onde qu’il sent pousser et qui le noie sous la poussée le désir, parler c’est réinventer sous toute ses formes ce qu’il ressent, sans expliciter, le débarrasse de ses scories, de toutes allusions précises, pourrait  faire paraitre le monde neuf sauf qu’il en est  la pointe, comme un vent qui souffle, le guerrier est la lance du souffle et il en est la pointe, il incarne l’esprit  s’il n’est pas un vandale. Chamoiseau appelle le guerrier de l’imaginaire, le papillon vieux est un sage de l’imaginaire, tout se résume à une veille de l’imaginaire ou n’est qu’une avant-garde du monde réel, solide et puissant et que je respire. Il envoie ses messages comme un visage ou un fleur clame une arborescence. L’ellipse car le corps est contenu en silence et tout doit être célébré.

Des jeunes costumés paradent à la suite des "indians" dans une scène de "Trreme"
Des jeunes costumés paradent à la suite des « indians » dans une scène de « Trreme »

Ce qui demeure dans la musique lorsque j’entends la trompette et parle à bout de bouche,  si précise qu’il n’est plus besoin de  préciser,  il suffit de se porter à bout de bras, tous les jours recommençant et ramenant au bord des lèvre les mots qui sont le premier fil et puis coudre, rapiécer à partir de cette même pièce, obsédé à ramener toujours ce même premier départ. C’est une antienne, les jours partent de ce premier moment du réveil et des intestins, de la plante des pieds qui veut toujours créer du nouveau toujours avec sa voix qui se ramène à quelques procédés et une envie toujours intacte qui se découvre.

Le vide est à l’intérieur rien autour
affolé il se met à courir bang bang  bang
saute à pied joint tire la langue
peuple le monde tourner virer bang bang
rien à l’intérieur vide autour
et un petit indien qui fait des bonds

/Treme-Season-3-Lambreaux