Sur le journal des jours s’effacent les portées de lignes sensées aider les oiseaux. A chanter. Le silence bruisse entre les veines du bois et s’y est installé pour longtemps comme pour un long hivernage. Ce n’est pas de refuser de desserrer les dents, de cassures ni de froid, un sourd gourdissement et la rivière prise sous les glaces continue à lentement couler le jour, la nuit est un long halo .
Pendant longtemps je me suis trompé, j’ai cherché à ne faire que ce qui avait du sens, non que je cherchais un sens ou du sens à ce que je faisais mais que je faisais en fonction du sens qui était moteur et me limitait. Il aurai fallu s’éjecter dans la voie lactée . Je me trompais parce que le sens attaché à mes actes et mes création devait être différent de celui que j’avais en ligne de mire, que le sens dépend du contexte et de l’orientation, de ce qui vous entoure et de la trajectoire. Et qu’il ne se trouve qu’après coup, comme de rester dans la baie.
Un gigantesque frein à main, attendant que le feu passe au vert ce qu’il ne fait jamais, brûler les feux comme la vie, la lenteur contrarie alors pourquoi rester, pourquoi ne pas s’échapper , même maintenant à l’age d’être casanier ma longue vue intérieure agite les branches des palmiers, les branchies du poisson sauteur que je suis et l’envie de faire comme si il n’y avait personne autours, pas de voiture concurrente ni de trains à grande vitesse qui te coupe le passage. De cette métaphore nait celle de la décapotable et des longs cheveux au vent car s’il existe des proximités et des contraintes attendons que le sifflet/couperet tombe. Simpliste, cela résume bien la nécessité de se remettre à vibrer et de tout faire en fonction de cet ultimatum, plutôt s’érailler que de tomber mort à mes pieds. En attendant un seul mot d’ordre et aucune intention autre que la course contre la mort.
Car si je suis triste c’est que je suis arrêté. L’homme de personne, ni de moi-même, c’est un gigantesque fiasco et il n’y a plus de temps pour les excuses fumeuses, les vagues regrets, si je me parle à moi c’est que peut être je ne fais pas ce qui vrombit sous mon torse , mes moteurs et mon pot d’échappement. De fait sous mon capot il y a les vies que je veux vivre et que je ne vois plus, elles ont disparu dans la distance, ont changé de propriétaire et se sont évanouies. Il devient urgent de desserrer le frein à main de pousser le cadi le long de la route sans fin et de lancer mes balles à la ronde et mourir .
Il s’agit en fait tout simplement de ne plus vivre dans le silence quoiqu’il soit pregnant mais de le laisser accoucher en permanence de lui même en murmurant ce qu’il est que les yeux ne soient que les yeux et qu’ils envahissent le corps et l’entre corps alors sans doute il sera possible de dérouler l’histoire et rien qu’elle dans un mot au bords des lèvres , finalement.
Il n’y a qu’à laisser le mot se dire sans bruit, ce n’est déjà plus du silence
plutôt que poème question plutôt
car les mots amènent au bord de la bouche
la clarté de ce que je sais quand je te vois
or est parvenue sur les lèvres ce matin
cette longue phrase qui ne faisait qu’un mot
comment marcher sans que je te vois
Du noir profond je vois la ligne remonter jusqu’aux yeux la surface a fini par laisser la douceur calmement ouvrir ses gisements
et je laisse mon visage se refléter dans le sien avant que tout se couvre de ride que comme dans un jour sans fin elle me demande ce que je fais là
du noir profond la surface a fini par laisser la douceur
calmement ouvrir ses gisements
j’ai fini par voir scintiller la lumière
j’ai jeté mes lignes sans flotteur
je ne sais pas si m’a présence dérange
cette aube qui se lève
des centaines de jours que je suis là à regarder
à laisser l’air respirer
à raccourcir la distance
sans parler sans oser il y a comme un aimant à perdre le temps
laisser mon visage se refléter dans le tien ne
semble pas bien difficile
et puis quand quelque chose semble remonter de si loin
et se frayer un chemin
à faire un geste
et je me dis ça a l’air idiot