Jacques Rabemananjara

… »Je te reconnais entre cent, entre deux,
Je te reconnais entre mille à ton clin de cil prémonitoire.

Je te reconnaîtrais entre mille entre millions au seul pli du lamba
jaculatoire

O semence ! O mystère ! O germination cosmique de la graine !
accord parfait des reins en râle !
et Toi fécondité
des ventres tout à coup graves comme la mort et doux de la
douceur de la paupière des pintades.



Happés nous sommes happés broyés nous sommes broyés
engloutis sans appel dans le vagin vermeil des triples telluries…. »

(Jacques Rabemananjara, oeuvres complètes poésie, Présence africaine)

comme j’aime ce grand poète malgache que michel Leiris dans « zèbrage » d’un coup de sublime indicateur des ailleurs en parole m’a indiqué , traçant en cela un chemin ,
ce texte « Lamba » mon préféré, fait pénétrer dans une poétique de la vérité profonde de l’être , se révolte contre le grand désidentiteur qui brade tout l’humain au marché aux puces du recyclage,
Le grand Césaire fera de même ,
brêche ouverte, le surréalisme en Europe , car je pense à tout ce mouvement de redécouverte de soi qu’ont eus les slaves , aussi bien en poésie qu’en musique qu’en être , sublime reconquête non achevée aujourd’hui , tragédie de notre Europe aux franges dont je suis, réticente à l’assimilation des grands flux impériaux raseurs de mondes apaisés et des vallées cachées,
réaction à l’horreur de la guerre et à ce grand monde vorace qui engloutit tout sur lui même, le surréalisme l’apprit aux colonisés, frères, eux aussi victimes de la violence éradicatoire, arrachés de la profondeur constitutive , comme un vieux masque sculpté à l’être en racines aggripantes aux cotes des morts, fibres de l’appartenance, retrouvèrent dans l’ appel aux rêves des profondeurs de l’inconscient, transe de l’homme moderne et pont jeté sur la disparition en gouffre du mythe,
eux y virent ce retour salvateur des laves si profondes , combustion de l’être comme un kérosène premier,
le mythe en appelle à la langue dans le souffle et le rythme, raccroche à la densité, à la vérité,
si l’on y pense bien, l’ère de la consommation et de la production industrielle, odieux mots, clament la victoire de l’insignifiant, de la disparition du soi, insupportable à l’homme perdu qui porté par le flot du mot , oralité retrouvée au sein du livre, de nouveau vivant et libre au sein de la langue invocatoire , devient parole , redevient parole ployante au vent de la trace de l’être .

un livre consacré aux auteurs conduits par césaire, nous le fait comprendre , et je m’accroche à la suite, en plein accord, idée soudée à mon imperceptible obscur préssentiment, inséparable de mon être au monde, exil, sublime sens de l’attachement , (Derouin, à suivre, entre exil et enracinement nécessaire,; moi un enracinement vers son horizon…)
voila ce que dit la notice du livre , L’écriture Et Le Sacré – Senghor, Césaire, Glissant, Chamoiseau Collectif Universite Paul Valery ,

et qui m’éclaire :

 » Ce livre prolonge et approfondit les Collectifs Un autre Senghor (1999) et Sony Labou Tansi, le sens du désordre (2001) publiés dans la même collection de l’Axe francophone et méditerranéen du Centre d’étude du XXe siècle. Réunir des écrivains africains et antillais dans un même livre, c’est prendre au sérieux ce que Patrick Chamoiseau a souvent affirmé : il y a, entre eux, à la fois d’incontestables filiations en même temps que des problématiques culturelles et des poétiques très différentes. Le thème de l’écriture et du sacré permet de bien comprendre ces ressemblances et ces variations. Un premier contraste, classique, oppose Senghor à Césaire, le poète nostalgique du mythe et de l’épopée à celui des arrachements et des ruptures qui déchiffre le Sacré dans le coeur noir de la langue, dans les syncopes et les abruptions du rythme. Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, quant à eux, s’ils ne renient pas l’héritage de la négritude, leur part africaine, comme ils disent, font face à un danger plus contemporain et, au fond, plus difficile à combattre : celui d’un tarissement possible de la diversalité du monde, d’un désenchantement (qui oeuvre au coeur même du symbolique et de la langue). L’écrivain retrouve alors une vocation fondamentalement romantique, dans une attention constante à la poïesis du monde et des mots : expérience d’un Sacré que l’oeuvre, sans cesse, réinvente, en une nouvelle alchimie rimbaldienne du Verbe. »

voila un peu quelques pistes qui me relient à ce grand écrivain malgache, essentiel,
car il recherche dans la chair même de la parole le sens du vrai , mutine à l’encontre de l’aliénant, clame la force irréductible du vrai et ouvre un espace poétique d’une sensualité ouverte à l’échelle cosmique ,
dépouillement de vie !….

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