sur le seuil

j’ai beaucoup plus de facilité à partir de la trace de l’encre ou du pigment, à m’arrêter devant un monceau de la réalité indéchiffrable que d’avancer devant le seuil hermétique d’un poème car déjà le poème pour moi n’a pas de seuil, pas de toit , pas de murs , il les emprunte à la nature, comme le font les aborigènes lorsqu’il s’arrêtent dans leur voyage , les quatre éléments pour fers de tente. La nature par contre est essentielle, elle dicte tout, obéit à l’air avant tout, est constitué de cet élément et de sa circulation laisse des traces de biologie sur le vivant, dont on fait le miel, la farine jusqu’à la canne à sucre  que l’on broie, tracé de pigment à même le chemin, coulée du ruisseau que l’on recueille Arrêt du solide sur l’indéfini, le dessin agite. C’est pourquoi tel un escargot ou une limace , je sécrète ma bave, lèche le parterre avec mes mots, car l’écriture ensuite coule, déroule  sans vouloir être arrêtée emprunte les couloirs de l’air dont elle est faite, entre  dans ses silences et ses aspérités, il faudra la polir, les rendre tendres et malléable, corriger, revenir et franchir le précipice, l’écart d’un mot sur l’autre. Les marges et l’indistinct de la séparation d’avec le tangible pour s’évader dans un indécis dont les flamèches sont aussi poèmes imperceptibles. Aussi loin dans la stratosphère intérieure, au départ à suivi le poème à la trace  se fiant aux brindilles aux poils aux traces et aux odeurs, ce sont ces chemins que je prends. ni zénith ni altitudes, ils sont poussière et eau, citadelles et champs, rouge à lèvre ou sueur sous l’aisselle. je ne suis poète que par le corps qui ensuite me remonte à l’âme, couleurs et feu des sens accédant à cette essence subtile dont je suis friand. je l’hume, je l’aime, quand elle n’est pas là je m’étiole, je la réinvente, la psalmodie, la convoque et lui cours après et la capture, en meurs, mais toujours je courre à travers la savane nage dans les rivières, respire le ciel et me trempe des orages, tel est mon credo que je martèle en courant , deux sons aussi distinct que l’avant et le pendant, dans le corps le sang fluide appelle la parole qui résume le vif de la question dans la lumière qu’elle rase. Mais c’est par les sens que tout commence et que s’irrigue l’âme. Le tracé de la peau jusqu’au parfum, jusqu’aux marges imperceptibles qui débordent, illumine le vide dans lequel tout se situe ou tout trouve une place même écrasé même à l’étroit, l’espace accueille et libère l’âme qui s’allume et cette essence, cette flamme est faite de cette lumière, peut être étincelles. monde en  expansion , pensée en mouvement. Le parler aussi étincelle, les mots dont nous somme le jus, le trait et la pensée débordent du lit. Tout a un lit qu’il faut border, crues sont permises qu’il faut déboucher mais le drap est l’essentiel qui permet au sommeil de s’instiller, effondrer les limites de la matière, là où les atomes se coursent et dont se font les rêves s’il faut les appeler comme ça. De fait cette phrase au long cours, qui tricote son fil liée à la pensée demande à être irriguée par beaucoup d’incertain, de veines écorchées et d’affluents béants qui sont comme les pattes du mille pattes qui aucune n’étant d’accord l’entrainent ailleurs, loin de la berge, peut être des nageoires excroissances douteuses sombrent vers les grands fonds dans un sinistre plongeon dont on ne revient pas, le poème malicieux alors déploie ses ailes qu’il tenait sagement sous ses plumes et s’augmente des trous de son silence où s’entendent les mondes, les bruits non reconnaissables de ses accords. Le poème n’est pas sage, il est une furie que l’on ne voit pas, n’entend pas mais plonge tout en dedans de notre brouillon raturé, l’énergie rapide du fusain approximatif sur la feuille sont comme les moteurs d’une fusée, ils accélèrent et s’affranchissent d’une syntaxe est suivi de fleuve et de calmes de rivière, le limon étincelle, l’être soudainement s’ébroue et disparait , on ne voit que les remous, c’est ainsi que le poème nous échappe alors que nous croyons qu’il dort. Ensuite des garde-fauves viennent lui prendre le pouls, l’ausculter le ramener dans sa cage, lui l’être de nature, le fou de l’air et la torpille des profondeurs, le spermatozoïde enthousiaste aveuglé par sa rapide descente utérienne, procréer procréer chante t’ il, ne faut que procréer pour que le monde soit de plus en plus vie, de plus en plus vif et s’évanouisse dans la création enfin sublimée, monde en devenir et mangeant les temps, devenant ce que têtard il pressentait, le poème , juché sur un cailloux de la flaque, à peine perceptible s’ébroue en s’ouvrant.

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Aube alors
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