les couloirs

j’ai aimé travailler dans les aéroports
* ces endroit des marges où se rencontrent ceux poussés par on ne sait quels vents ou désir de s’enfuir, visiter,

 

j’y ai vu des folles me racontant qu’elle venait juste de quitter son pavillon de Melbourne et voudrait bien y retourner car que fait elle là

j’y ai vu des chefs d’escale traiter des files de paysans atterris là on ne sait comment comme des moujiks, ils ne venaient pas de Russie mais d’un pays adjacent

j’y ai vu des pilotes bourrés atterrir presque le dos en l’air court sur patte et en riant de la bonne blague, le temps des pharaons aurait vu leur tête rouler

et les charmants portugais transportant des jambons de Funchal et c’est là que j’ai connu les capverdiens venant rechercher leur bidon de grog

et la boite de thon du Sénégal égaré à Orly arrivé plutôt qu’à Amsterdam et les pistaches du liban et celles d’Iran, il faut être connaisseur

 

les lieux de tous les transit, les rebonds de jet en jet, d’aéroport en aéroport rapportant les saveurs du Bosphore et les cris des caravaniers

 

lay your head where my heart used to be

 

je reste fasciné par ce brassage, ce brouhaha qui rappelle celui des ports de méditerranée, les marchés d’extrême Orient et tous ces lieux qui prouvent que le mouvement est bien l’état naturel de l’homme, contrairement à ce que nous pensons, les mouvements dans les mondes anciens ont toujours bouleverser les équilibres et mis les hommes en contact

la stabilité n’est pas ce que nous pensons mais mouvante

ces mouches à kérosène mettent en mouvement le monde et les mouches insipides que nous sommes, silencieuses, victimes de ces trajectoires subies, incompréhensive dans le carré de jardin, provoquant la migraine quand le décalage horaire et les bonds de puces planétaires

des américains d’Alaska apportent la chaleur et moi qui suis un point fixe dans ce microcosme en mouvement aussi à l’aise que josha Bell à Grand Station

 

et les Dieux encore si doux du Bangladesh ici d’Indonésie

 

 

ces espaces froids et fermés plus explosifs que s’ils explosaient ne sont pas réellement une frontière, ils sont une sorte d’étirement de l’espace que Michel Agier appelle le couloir des exilés et Marc Augé un non-lieu, ils se comprennent comme des parenthèses dans des étirements du monde ou les distances et les points de contact sont soumis à des droits,

 

comme dans les villes l’espace se délite en quartiers, favellas ou bidon-villes

 

comme sur la carte ou des zones sont plutôt des zones de combats et de friction

 

ou des populations sont exclues et limitées à un type d’engagement, refoulées, soumises à un non-droit, non lieu, non-vie, René Grousset les appelait les marges et les tenait pour des zones dynamiques qui mettaient en mouvement les civilisations, frottement et zones des déplacements et d’instabilité mettant en tension le monde, nommé tel par les grands centres se croyant stables, mouvements étaient imprévisibles et de ce fait primordiaux,

 

Nurcan Giz

 

nomadisme ? ces vies non fixées sont aussi les électrons d’une structure (planétaire) qui se croit délimitée aux mouvements soumis à des règles alors qu’il faut accepter l’imprévisible et qu’elle est soumise à des pressions de plus en plus forte,

 

voir l’existence du coté des sans-droit est difficile, la voir du coté des cartes d’état-major est périlleux, la voir comme une tension active et la considérer comme telle , est ce ce qu’Eric Chauvier nomme anthropologie ? est-ce, d’une autre façon ce que Glissant dans sa quête d’une humanité totale et en mouvement appelle « le tout-monde » ?

ces points de mise en contact, ces couloirs, ces camps de réfugiés, ces boursouflures d’espace ont la particularité d’être invisibles car l’exclusion exclue, instituant des frontières qui nous sont clotures et limites, fixité comme on dit fix it en anglais tandis que se forment des espaces de vie autonome, non compréhensibles par la norme et difficile à cerner car elles redonnent du sens à l’identité qui devient ponctuelle et circonstancielle

 

l’espace planétaire est permis par le déplacement et la vitesse, par des zones de stagnation, d’écartement

mais aussi de rencontre car ces structures démontables intégrées comme les gares hors des villes, ne sont que la trace du passage de l’homme

 

misère

mais échange

surtout vie, qui pour ne pas être normée ni confortable n’en sont pas moins des vies

 

Segalen à Pekin ou à Tokyo par sa seule présence introduisait déja la mise en doute du lieu et de l’être défini de ceux qu’il croisait

 

les aéroports sont aussi la possibilité de ce contact et ne sont que chameaux

 

bruyant aux marges des villes

c’est la violence de nos transport et l’écho de nos fracas,

tempons

les lamas crachent à la face du capitaine Ad Hoc

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