rehaut


Faut il se contenter de laisser vivre ce qui pousse ou déborde,
prendre un certain recul et me dire, mon rêve, ma pensée mon désir,
ne faut il pas
se bander et propulser l’informe
et oser, le provoquer?
doit il, ce désir attendre le moment,
embourbé,
doit il, fatigué de suivre les méandres qu’a fini par creuser la pensée, le souffle, le corps
décrépi, à force, s’imposer ?

décidé à déchirer ce voile
virginal qui recouvre protège ce que les yeux et l’envie voient au loin, trop loin,
absent de soi.

agripper, passer au temps présent, verbe d’action, transitif, acter

est-ce la poésie cela,  destin humain que de se satisfaire de la souffrance et de la frustration?

mettre le rêve entrevu entre des parenthèses de style, capotes qui protège du frottement de la jouissance

ou faire le pas
et réduire,
claquer la porte à la claquemure,
se laisser revivifier par le vent froid, la gifle du réel,

mais qu’est ce, le réel,  une surprise, un élan inattendu, inusité, une piqure de froid, une brûlure,

et, assuré,
sauter,

bond d’un homme déterminé du coté de l’incarné,

homme que je me dois d’être,

ce bond en est la condition, au seuil de l’air, accroché par les aspérités du déchainement de l’entre-deux pas,

cela devient obscur dès que l’on divague on perd le sens de ce que l’on voulait dire et il me semble que je me perd, l’esprit me détourne , c’est sans doute la difficulté de dire, rester en phrase avec le brut des mots, Tristram l’a bien montré, à suivre les courants de l’esprit la boucle entortille le vécu et forme une immense pelote,
vécu, rêvé , inaccompli tout ce que l’esprit et l’humain peut agréger, inventer, témoigner, on s’y perdrait et est-ce le but , Leiris, lui aussi a écrit le long de ses lignes ces failles,

on en prend la mesure,

mais est-ce d’avancer en attendant, en poursuivant,
et enclencher, se rapprocher,

accrocher le filin au balcon après que le chant ait enchanté la nuit et pulpeuse la belle, ce visage aluné et le corps transi, en attente,

la poésie surement y mène, et la corde, les muscles bandés, approcher du rêve, se saisir de ce halo et … là s’échappe la poésie , pour un temps, on pourrait bien parler de Pan, de ravissement, de rapt, d’émerveillement, de big bang, de bigbande, et d’étincellement sexuel ,
surement les mots trouveront la rive du sens, plus tard une fois l’acte accompli et les sens au repos ; l’homme augmenté reprendra le rêve, serait ce que la poésie n’est que là dans le leurre, au sens où l’entend le chasseur ?

voulant dire que toujours les mots accrochent la métaphore, se servent du réel en miroir, contemplent au sens la contemplation, s’arrêtent,
il faudrait que le mouvement se refuse à la distance , ou bien l’enjeu est il différent?

nécessairement, l’homme écrivant se maintient il à cette table ou éloigné dos à l’arbre se plonge-t’il dans le vivant en partage, en songe, en vouloir-vivre?

sujet ne peut il vivre l’objet de son désir ?

l’objet et la peur détournent des mains qui veulent saisir,

déterminé, il faut cette rupture, mais aussi l’engagement comme d’un combat car il ne suffit pas de rompre, il faut saisir, porter l’entrevu, le peut-il et le corps y suffit il,

n’est ce pas justement l’écart, l’impossibilité, la difficulté ou ce réputé pour, qui me force à harnacher de mots, à me reclure pour laisser s’octroyer les lignes et les couleurs,

et s’effondrer les murs de chair,

est il poésie, sans écart, hors du rêve, sans recul,

s’emplir du réel qui devient bourrasque orage tumulte,
émotion se renforçant en chair
et se démultipliant,
prenant une force insoupçonnée, surmultipliée,

mais je rêve encore,

la poésie serait plus forte si elle se situait de plein pied!
ou plus sure, acter, assuré d’une brassée, enlacer la plus que vive, et en être plein,

certain,
et l’exigence d’aller plus loin toujours renouvelée!

se rejoindre,

malgré cette distance, cet écart où j’avance et cela recule ,

ce Cela que je vois hausse tous mes désirs,  mais que je n’ose autrement qu’en vent, vent qui souffle de ce que je me crois permis de mes tréfonds.

L S 2005 senso
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