Alizarine

Je suis allé au magasin le long de l’avenue. On peut s’y garer et c’est sur mon chemin. Je vais d’habitude chez le traiteur chinois mais j’avais envie de revoir la vendeuse, d’une chevelure longue et noire qui la fait se soulever de terre, vent perpendiculaire. Elle a du chien, pas comme un lévrier afghan mais comme une gâchette de révolver, fine, réglée comme un arc bandé à la tension de la flèche destinée à transpercer. Corps vertical sensible à la plus légère pression, la comparaison s’arrête là. Cette tension me fait songer à un fauve, une lionne du désert, comme un orage son corps repousse comme une enclume liés et déliés de calligraphie éruptive, un coursier arabe au féminin, éruptif. Les accents sanguinaires. Quand je m’approche, je vois ses ongles, rouges ou terre alizarine ,foncés, ces doigts longs presque noirs reprennent toute la courbe retournée d’un cimeterre ottoman, cinglant et prêt à trancher, je ris dans le silence tendu la nuit rouge lance des éclairs, les deux lames s’ entrechoquent.

(c) inconnu
(c) inconnu

se mettre en branle