l’inspire et le respire

assis sur le banc à l’ombre, car la chaleur étouffe, car l’activité est incessante, les gens se poussent dans une frénésie que je vois comme telle mais qu’ils appellent à eux, se rassemblant et s’agglutinant pour encore augmenter la vitesse jusqu’à n’en plus tenir, on est sans voix

 

Yuki Tawada, photographie

le tournis

j’ai le tournis

il me faut m’arrêter et construire un espace, un socle hors de toute causalité qui me permette de regarder à l’abris du tourbillon, pour peut être écrire, une calligraphie déstabilise la répétition ou simplement laisser aller l’esprit, comme une échappée

écrire, là, se serait pouvoir poser les mots

les mots ont besoin de cet espace pour ouvrir à une dimension qui leur est propre ce qui jusque là se pousse

 

ils obéissent à leur pulsion de pensée car c’est le seul ordre qu’ils entrevoient ou que peut être ils ne s’entrevoient plus sans cet ordre, nécessaire dans cette résurgence de l’incertitude, dans cet arrêt du pas  , dès lors que l’espace est insuffisant

s’ils ne parviennent pas à faire entendre la voix, à retrouver la sente , l’ellipse et le tracé au gré

 

ils ne font que reconnaître

leur antériorité

 

Ayuko Miyakawa

le sens qui leur est légué et qu’il sont sommés d’assumer

au fond ils aspirent à surgir inattendus et créer un apaisement, élan en soi, un espace dont on avait jamais entendu parlé ou qui leur semble redécouvrir ,

 

ils ont abandonné une posture rigide et présomptueuse, ils sont allongés au bord du courant et fasciné par les bulles d’air que le courant ne cesse de laisser gonfler, cette friction coure vers une voile, au loin, certains diraient que c’est un nuage, que les herbes folles, guérissent si on pouvait leur être sympatique et se glisser dans les nervures, les sucs et les affinités

assis dans l’herbe, l’herbe est cet éléments infime, d’où l’espace jailli et coure l’eau, forme une enveloppe de sente,

être nuage fiole à soi

 

Rinko Kawauchi, photographie

la ligne qui oscille pénètre l’horizon et le fait sien, sans considération pour autrui elle glisse doucement auprès des êtres, respectueuse mais les repoussant à distance respectable,

de manière à respirer,

 

à instituer une neutralisation de l’espace commun,

la tête au repos et le corps sans tension particulière l’essentiel est déjà atteint

à genou je fais fondre la bâton d’encre, et je laisse cette eau me guider, reconnaissant mon espace comme une part intime du monde, que je laisse vide sur le papier.

 

Muroi Gensyo , calligraphe
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4 réflexions sur « l’inspire et le respire »

  1. Vois-tu… J’ai écrit « Cratère de lumière, Alzheimer » pour ELLE… dont les jours sont advenus « au pas de l’âne »… souviens-toi de ce billet que tu as écrit et qui n’a plus que valeur d’archives…
    « L’âme »…
    … Qui fait l’âne ?… définit cette maladie-là…
    … passe à trépas…
    Toute en silence délivrée…
    Au sein d’une mémoire défaillante… ?!
    Ces jours…
    La mort advient.

    Et je lis « ton » billet-là…
    Et j’entends tout en faisant la sourde oreille tandis que mon cœur s’en vient à battre la chamade…
    Je viens de lancer un SMS d’alarme à mon fils qui illico a répondu « Présent »…
    J’ai posé mon visage entre ses mains au sein de son regard entendu.
    En poésie… mais pas seulement en poésie… c’est tout ce que j’ai à te « répondre » en ce billet-là…
    Mais une fois de plus, je demeure peut-être « inaudible » au sein des mots ?…
    « VIVRE » n’est rien…
    « Demeurer vivant » oblige…
    MC

  2. oui en effet je ne comprends rien , mais c’est que quelque chose t’as touché dans ce que j’ai écris (pas de billet je n’écris pas de billets) c’est cela qui importe vraiment , ta lecture et ce que tu en fais , comment tu le reçois , et que tu le reçoives ,
    je comprends aussi ta détresse devant la maladie et l’oubli , la mort car je vis la même chose avec ma mère, même si nous n’en sommes pas là ,,

    tu fais allusion au poème Brahme, l’âne qui brame … je pense, pou moi c’est un des plus beau poème que j’ai écrit

    mais pourquoi la poésie , ?
    parce que pour moi la vérité et la réalité n’existent pas il suffit de s’en approcher par des moyen escarpés, flous et c’est pourquoi la poésie ,
    et d’où il s’ensuit que rien de ces certitudes n’est exact et n’a de place dans cette espace ,
    je procède toujours par allusion , je progresse, je vais mon chemin de façon fragmentaire , je n’affirme jamais , jamais je ne dis ceci est la vérité, je n’ai pas cette illusion
    je ne parle jamais de moi ou alors de façon très circonstanciée, parce que à un moment quelque chose s’est passé qui me relie à cet instant où j’écris
    la poésie, pour moi c’est aussi de mettre sur un plan qui me désengage de mon quotidien même si j’y suis présent mais en avant de moi même ,
    tout cela pour te dire de ne pas affirmer que je ceci je cela , non , tu peux le penser mais , par exemple ici , ce n’est pas ma lecture , loin de là
    mon texte autorise les lectures mais se fâche quand on veut le limiter et affirmer que … ,
    par contre que tu ais cette lecture, bien que je ne comprenne pas pourquoi , quoi de plus naturel

    nous sommes tous pétri de nos confusions et de nos évolutions , mais blog est le lieu ou s’en défaire et pourquoi pas écouter ce qui s’écrit

    L

  3. « Le point qui « te dés’engage » … est aussi celui qui nous « désagrège » au sein du vivant…puisqu’au sein d’une fin de vie… il n’est qu’un mot « en sang d’encre »… au sein d’un silence sans réponse…
    Je te laisse le soin de prolonger la phrase de mon ressenti… car ce soir, j’ai trop « mal » pour exprimer le réel d’une caresse en fin de vie… vivante en mots… MC

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