le livre sur le fut

j’aurai bien aimé voir la bibliothèque d’Henri le meunier à Big Sur (fan de Miller) je suis sûr qu’il devait  y régner un désordre significatif et que chaque livre était une bulle comme à sac à dos près au départ, les poches pleine de lignes gourmandes, pourquoi chez lui plus que chez quelqu’un d’autre me direz vous ?les livres obéissent à une logique industrielle, le même chez tout le monde ! c’est ça la démokracie , oui mais pas chez Miller ; chez Miller les livres sont tous la langue pendante pour dire le moins, d’avoir été lu annotés peut être, désirés, créés dans l’imaginaire d’une soif inextinguible loin d’une bien-pensance accumulatrice, loin d’un défilé militaire tous au garde à vous comme des tombes bien alignées, comme des croix sans vers de Saint John Perse ni Paul Valéry pour les égayer, non les livres chez ceux qui les aiment , brillent, béants, en attente d’une autre rigolade ou cavalcade, d’une embrassade fusionnelle espérant le coït ultime qui est leur raison d’être ; chaque création est dans la renaissance perpétuelle, et la salle de bain d’Henri Miller est là pour en témoigner, le voyage à travers la remembrance se recommence toujours, et like it or not aucun livre n’est égal devant la nature et le destin, le lecteur en décide à le pouvoir du meilleur comme du pire, là malgré les apparences aucun livres ne se ressemblent et tous sont sur le départ,  dans des directions opposées, chacun son rythme et son moyen de locomotion, un livre lu dans le métro accoudé à la rampe ou au creux d’un chêne millénaire dans le roulis d’un cargo ou d’un ferry, Martin Eden pour moi  ou dans le silence d’une nuit froide (et Conrad dans un fauteuil ?)ou dans la chaleur d’une plage sentant la peau brûlée, dans la peur ou l’ennui les livres s’épuisent et on un poids inaccoutumé, laissent une trace ou s’évaporent :

le livre est un itinéraire , le dos fermé comme si grand ouvert – la générosité et l’enthousiasme d’une bibliothèque des départs ; il y a des livres qui se cachent , ce sont des rebelles , des bushwhackers ! take to the bush say they… et ils vous y entrainent, ont généralement le dos usé et le coat poussiéreux, les balafres témoignent d’une vie bien agitée, d’une détermination à s’interposer, à dégainer sans réfléchir, dire non et se trouver à tous les vent! des pieds tendres ne doivent pas vous rebuter, ils sont capable des plus dangereuses expéditions et s’ils perdent de leur superbe et vous rentre l’air d’un chien noir ou d’un captain hawkins c’est que la lecture aura été bonne, les livres raturés soulignés annotés la couverture graisseuse vous regardent droit dans les yeux ils portent les marques et vous riez ensembles des joies partagées, des épreuves et des errements, il y a tant à dire et si certains sont devenus alcooliques ou finissent dans une piaule d’un quartier mal famé, camés, c’était dans le texte, en filigrane, le destin s’est accompli, le livre rapporte les plis de l’Harmattan.

Garder un livre à l’abri des vicissitudes, derrière une vitre parmi les poupées et les porcelaines épargnés du temps, c’est refuser la lecture, refuser les chevauchés sauvages, refuser l’usure de la profondeur et les rides des tempêtes, ils vous regarderont toujours de travers, l’air torve, névrose mauvaise, un air d’inaccompli propret et la rancune tenace, tandis que l’écriture dans la marge et les cornes et les pliures, se vantent de pensées rêves et actions affleurent, surgissent de derrière les lignes, mots en première lignes  suppurent, des feuillet attachés à d’autres bribes de papier, des prières d’insérer, le livre veut se tordre, valoir autant que la vie qui l’a inspiré, la rejoindre, être fait de boue, glaise aussi, voler dans le tourbillon biblique, ne pas se suffire des replis de l’intellect de l’autre liseur, qui respecte trop, traces de doigt, douceur du papier, livres qu’on jette pour faire taire la mouche que l’on écrase, à force le livre à la même vie que celle du dehors, les insultes,traces de sang l’illuminent, les dessins à même le paragraphe, incrustent irrespectueux, compagnon de voyage, traité de vie sans ménagement

Même si on le reprend avec amour et expectation, sûr d’y trouver un autre sentier ou une larme de pensée incertaine, à l’affut, même si on le ménage, le livre veut être ouvert, il n’ a pas d’autre destin que celui d’être ouvert, d’être de nouveau sur le chant des pistes d’avant la captation de l’écriture et l’incarcération forcée de l’éditeur, d’avant le haut de forme des bibliothèques en  acajou ; le livre a un déchirement rauque et sauvage, s’il se trouve, cela dépend des livres,

celui de ma vieille mère, ce livre  des recette de campagne, tout déchiré et jauni, croit encore qu’il appelle les casseroles, allume le feu et casse les œuf, fait rôtir le canard et monter les œufs en neige, il joue son rôle, fripé

il fini par être de transformation;

le Yi-King n’est rien à coté

Le poids des vies pèse sur les étagères, ils ne plient pas le bois du même poids et ne respire pas du même vent, leur comportement change, certains se battent entre eux ou du moins ne peuvent pas se sentir, le vécu est là plus fort que l’hérédité et un livre de poche à coté d’une première édition, y pensez vous, et qu’adviendra t’il ? une bagarre car le livre l’aura pris de haut et lui aura foncé dans le lard ou au contraire se ratatinera dans sa gabardine fripée de sous-classe, celui là finira mal à moins qu’il ne fasse le fier et tienne le choc face à ces redingotes, on en a vu tenir tête à des reliés cuir, c’est qu’on les aime et qu’on les impose (mon vieux Gaston Miron a fini par dérider mon Tennysson qui somme toute ne vaut pas le poids de son cuir) des voix s’échappent  et le livre de prix de lui même fera en sorte de tomber de l’échelle, choir, tout plutôt que déchoir,

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2 réflexions sur « le livre sur le fut »

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