suspens

Même si j’ai du mal à finir les livres,  qui devraient rester sur leur lancée et rester en suspens,

J’aime cette idée de suspens et c’est pourquoi j’aime les fragments, l’ellipse, toutes ces figures inachevées ou ces bouts de phrases qui font sens sans s’engluer dans la lourdeur et le définitif, qui s’adresse plus à l’aura qu’à l’évènement ;

le récit c’est autre chose, une histoire prend tout son sol, son sens, son vol, curieux lapsus, dans les strates, les failles et les effondrements qui fondent l’énigme de l’existence,

le récit est la trace, la voute et le soubassement, l’obscur et la lumière.

 

l’énergie circule dans l’opacité, on pourrait parler de la vie, est ce la matière, entière, l’existence dérive en mots, les détours et les parcours jettent celui qui lit du sédiment étouffé de nos conforts dans la maturité (son centre) ; Au début un mot une phrase peut mettre en route, une intuition, une obsession, une vision ou une blessure met en marche, lance le grand œuvre de démêlement et retisse un chemin, le récit attend,  une histoire qui à chaque fois reprend l’énigme où l’homme l’avait laissé, à chaque fois le renouvelle,

à tâtons. toujours la même,

le fil du temps, avance ;

 

un premier regard n’a pas eu le temps de se poser, l’homme capté observe, laisse enfler le présent de l’inouï, dans un endormissement ou une détermination, surgi de loin ou dans l’épaisseur   je ne crois pas que l’on quitte le récit le soir ni au long de sa course au pas suspendu où la poursuite sans relâche résonne de la boucle ou du fil, de la voute ou du sol, de la mort nécessaire, de la vie traquée, de la soif aux mille bourgeons, de la tension du rut, nos mille vies entrelacées en une, grains de l’épi cachées dans le rêve,  pourtant obsession, digression, bouleversement de la pensée ;

La couverture au delà du soupçon s’étale le mal de ventre dans la course, déroule cet entrejeu des couleurs  entrecroise le feu l’humus et l’obscurité, si l’on croit qu’on se perd au détour croise une éclaircie ; un déchirement bestial ou un rire tombe de l’inattendu, tant de choses ne sont que le masque de l’énigme, il suffit de marcher et dérouler,  dans les mots qui sont la couleurs des lignes qui délimitent les creux des pleins les vides les noirs la transparence des timbres,  ma voix ou celle que j’entends, je ne sais plus, l’oubli,  l’être humain est rassemblé là à la frontière du sol et de l’animal, au coin de l’eau se reflète l’étoile et le soleil brûle quand l’ombre défèque.

tant d’autres bavardent, on ne les écoute pas

Pour chaque saison se nourrir

Le geste premier nous lance pendant que d’autres les prolongent ; saillies des veines ouvrent des phrases nouvelles, nullement arrêté ni figé par un passé insistant, l’essentiel est ailleurs, dans les pliures et les étendues, les nœuds et les étirements de la folie

 

Les rameaux

le feuillage et les branches

 

Le temps lui aussi ouvre et la transformation, aspire vers un présent inconnu,  l’invention apparente de la peur dicte, ou est-ce l’amour – tranche, prolonge, la vue perçante de l’aveuglement  beugle un sens qui fraye un chemin dans les ronces ; dans le récit ;

 

Le temps s’étire et le nucleus de nos vies se refroidit, perd de sa vitesse ; l’amplitude ; vigueur ou terrain vague de nos trajectoires,  centres vitaux sont comme anesthésiés, contournés, la question jaillit, comme un trait , il faut alors partir à la recherche, nomadisme atavique – quête de cette énergie aller vers la mort pour la devancer ;

Lubie nous remet en route vers une lumière que nous apercevons dans le noir ou la décomposition, se prend les pieds dans l’ouverture de l’espace ; s’effondre dans la dépression du temps ;

plongeon dans un vide qui semble être le monde entier, la nuit a commencée et semble qu’elle ne va jamais finir, parfois nous la fuirons  , soutenir l’allure; nous brûlerons nos forces dans cette obsession, certains livres sont des anti-livres comme des trou-noirs, contrepoints où il nous faut heurter pour découvrir, admettre une part obscure, une pesée sur la blessure démet le cri de notre résistance dévale la part du réel  ; permet de respirer

 

Moteur pulseur à la recherche d’une lueur, silence qui est en réalité une porte, une parenthèse qui contenait le monde, tel qu’on ne le voyait pas, aimants dans les broussailles de l’humanité. La vue sous la boue seule la beauté le permet

 

conte que l’on se rappellera en courant sur la piste dans la rencontre de l’abri, murmure de la prière de la roche et de l’eau, ma voix s’essouffle, le conte déroule la boule et froisse la vue, le  poids porté dans l’abstraction inévitable.

 

Peinture de Turner

 

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