petite autobiographie du réel

parasol

Assis   à la terrasse d’un café je prends le soleil. je lis, je pense, mon œil capte les subtilité du réel alentours.   C’était hier. Aujourd’hui, je suis de nouveau à la terrasse du café, à une autre table, je lis, je pense. Mes pensées ont une autre couleur, le ciel aussi est couvert, voilé ; mes pensées non, incisives. Sous la première couche de pensée, des pieds des mains et un visage enrobé de rouge, s’entend, comme une musique, je le savoure comme j’écouterai du rap, une musique interdite, malvenue, détonante. cette musique langueur je n’y fais plus attention, je plonge directement en dessous.

c’est en fait un bouleversement profond, plutot un avis d’exister d’une autre façon, l’incisif vient de là. Déjà hier, triste, j’ai coiffé une casquette de baseball et conduit jusqu’à la mer, pour capter le soleil, celui du rouge ; voir la mer, le souffle de l’eau et de l’air, l’immensité, celle de ma jeunesse, celle qui repose les yeux,  celle de quand je me disais inséparable du bleu, ce serait redevenir le pilote du corps, aller vers la couleur emplir l’espace et contredire. Quoi, tout ou presque.

Cela vient de la conscience du temps perdu. c’est parfois le cas avec le désir, comme s’il y avait un flux et un reflux, et dans ce reflux il laisse des signes des années mortes, l’envers, hier j’y ai vu le gâchis de mes lâchetés, quand il eut peut être fallut d’un rien, mot, signe, un geste, une parole, en tout cas tout sauf le silence, pour débrayer l’immobilisme.  C’est vrai que C m’a écrit il y a peu. Désormais je  vois mon désir,  aucune envie de le laisser dans l’obscurité , l’air de rien. dernièrement j’ai laissé des phrases en suspend qui m’ont intrigué, comme en jachère, je n’ai pas rebondi, pas bougé, pas demander d’ explications, ni sourit.

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Ma vie à marée basse. J’ai eu cette peur que la mer jamais ne revienne, qu’elle soit allée se transporter ailleurs, comme une immense blague, un reflux de 15 ans, ça fout les jetons quand on en prend conscience, comme en face de la nuit, quand tout devient ombre et que tu perds la vue.

J’ai vu ces rejets de vie, et j’ai eu cet élan que ça cesse, en fait, tout simplement  j’ai pris la voiture, ça n’a l’air de rien, et puis arrivé sur la plage  j’ai trouvé impossible de ne pas me baigner, enfin m’immerger, entièrement, je me suis lâché dans l’eau et j’ai nagé, refais des gestes d’avant,  j’ai vu mon corps reprendre du service, ça marchait encore, enfin moins pour la brasse, je pense que c’est une question de position des jambes, et puis j’ai pris du poids, tout ça, le manque d’exercice.

15 ans que je n’y étais pas retourné seul, à nager, comme beaucoup d’autres choses que j’ai commencé à retrouver, je sais on ne comprend pas.

Ce que je me disais assis à la terrasse et sur cette plage, quand j’ai griffonné les mots sur le cahier, finalement c’est que de ne pas dire, jouer avec le silence, risquer de finir par être incapable de se prononcer,  c’est enchérir sur une absence, je crois que la poésie dans ses vides en participe. La difficulté est de cerner et de trouver les mots, en fait accepter de les poser à cet endroit là, là où ils doivent être et non à l’improviste, ni tourner autour et faire comme si on allait le placer là parce qu’une fois qu’ils seraient là on comprendrait bien que c’est là-bas qu’ils devrait être ;  toujours cette horreur de préciser, de se découvrir, de s’avouer les choses.

Oui la poésie, les plis et les replis, les mots qui sont des métaphores, renvoient à ailleurs, à autre chose, permet de se faire une idée de ce qu’il faudrait dire mais quand à le dire… ou alors elle devient fascination du vide et pourrait révéler une sorte d’absolu enfouie sous les apparences mais là c’est autre chose, une autre dimension, une abstraction, du moins une ascèse.

C’est là où  le jeu avec la fiction devient irritant, d’ailleurs je déteste le secret, il me ramène à ma naissance, à mon passé.

Mais je reste sur la rive. à regarder les flots, encore une métaphore, mais je parle dans le vague, la vague, la rive, ça concorde. C’est exactement ce que je me disais hier soir, après que je me sois baigné. j’étais bien, presque fier de ce si tout petit fait, avoir nagé. Puis je suis rentré.

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4 réflexions sur « petite autobiographie du réel »

  1. C’est un texte prenant, qui sur-prends ce qu’il y a dans son regard coulant au fil de sa lecture. Il porte, il germe maelström de sensibilité, les états d’âmes sans s’appesantir, l’énergie en redéploiement, les pulsations à vivre.

    ::::

    Une brèche dans l’autofiction réussite.

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