Comme un vent doux caresse
mon corps comme ton sourire
de tes lèvres de tes doigts
de l’orée de ton ventre
de la pointe de tes cheveux
je tremble et ton souffle
à l’autre bout de la planète
c’est un papillon
une hirondelle
morsure ou gant de glace
ouragan et vent de fièvre
qui se pendent à mon cou

 

Comme une cavalcade de nuages
font l’amour
où la guerre
pérégrinent
se poussent du col et s’engueulent
lèvre sur lèvre et la langue implacable
le tableau s’est soudain pacifié
nuage toujours
mais longuement effilé
permanence
ou ventrue ou repue
l’eau en suspension satisfaite
et filant dans la direction du vent
le temps enfin apaisé
éclairé de lumière
éclat de l’âme qui n’a pas d’exigence
attendant que
la pression du baromètre fasse
exploser l’ensemble
que ton visage apparaisse soudain
à l’orée de la mer comme
dans l’anabase du jour
levant de tous les soleils se dévorant
entre eux
éclatant le pied dans l’eau
de ma vitalité argentée enfin
retrouvée te course
comme un jeune chien
les deux pattes agiles
poursuit son ombre
qu’il prend pour la sienne
les deux se confondant
jusqu’au couchant si le jour reparait

012
Lambert Savigneux

 

Il y a un vent froid
surgit d’on ne sait quel remous de l’âme
probablement une ride mal refermée
laisse s’échapper ces relent de fêlure
obscurci l’aurore et la chaleur
deux remous peut être s’en sont allés
sombre et comme une mâchoire
un courant paléolithique survivant
souvenir d’une vieille glaciation
refuse de croire au plein été
referme le beau temps sur lui même
et teinte de dents l’enchanteresse
pour peu qu’elle faiblisse
pour peu qu’elle s’absente
comme une pluie d’été
nuage de rosée dans la levée des matins
le marin contrarié à pris l’étoile de court
s’est mis à jurer
pourtant le sombre a déserté son cœur
les vents ont dégagé l’horizon
la ligne droite du filin musical
et le rythme des grelots dans la voile
le chant des palmiers si doux
et mon amour qui toujours tient l’enfant
moue soulève la tendresse sur la féminité
vorace et joueuse soulève les pans
de la liberté dans ses chairs
soulève le jour des nuages violets
joue avec son ombre et les rayons
naissent et persistants
qu’elle appelle ainsi que les vents
que l’immense verdure
à recouvrir toutes les plaines
et les failles de sources et de violettes
oiseaux des douces ellipses sur la roche polie
lisse découvre le diamant
le feu tranquille sous les poches florales

031

Mais me laisser aller à la confiance irraisonnée
sans violence aucune rejeter les orties
fouetter l’océan des possibilités
comme un jeu
rayer la mention devenu inutile
signer et signer
signature sur signature
paraphe de mon amour
l’ancre jetée au coquin de sort
qui l’a dévoré
recraché
loin dans les fonds
sans aucune utilité
désormais que je veux m’échouer
sur ton île
ta mer ta terre
le buisson qui brûle
aucune autre destination
muette ne dit mots
n’entrave
préfère sombrer
corps et bien
fermer les yeux aux dérives
aux courants étrangers
aux goélettes de passage
aux baleines qui rigolent
sourd et aveugles
à tout
ce qui n’est pas accoster
raffermir
en mon centre
le jardin
l’hibiscus
l’oiseau disparu
la certitude
d’un nœud indéfectible
fermer le cœur du cap
Terre entourée d’eau
ciel qui est ma terre
inaccessible les doutes
et les possibilités d’un possible
naufrage

 

img_6508

l’absence m’éloigne
l’ouragan me ramène
je survole
la tendresse infinie
thorax survolté
mes ailes brassent
le vent
m’emporte
au dessus des vagues
sursauts
de mon âme qui se débat
battement de cette île
que je suis
dans le soubresaut du bleu
sauvage qui
rouge et ronge
tant que l’organe
impulse
mon sang dans mon corps
diffus au sexe
l’espace large
l’amplitude degré zéro
irradié
du volcan ranimé
par les yeux
la longue
robe noire
et l’allonge
de tes bras repliés
aspire les points de mon contour
dans le blanc
catalyseur
de l’hypnose viscérale

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Lambert Savigneux

vole haut dans l’air
limpide
comme pensant nager vers la mer
l’oiseau
survole les cimes des forêts
l’envolée folle
comme axée sur le magnétisme
vitale la trajectoire
là où le vacarme des chahuts
véritable marché
où la tourterelle dans l’orage violet
survit aux fracas de l’éclair
fleurs jetées sur l’océan
aussi seules que la couronne couronnée
ailleurs sur l’ile
un tel poids pèse sur la poitrine
a beau parler de l’oiseau
ramène incessamment le cœur
incapable de s’éloigner
en plein vol scruter les signes de soi même
infini bleuté
sans l’espoir d’un nuage
ou se couvrir du cristal
de la plus vive des lumière

040

Allées de vent
fourmis sous la peau
allées de sauterelles
de poissons
dans la mer
dansent à plat ventre
sous l’ombre
dans la crevasse
dédiée à la gloire
de la déesse
gîte et sombre nuit
éclaire des yeux
la roche
le parterre fleuri
sol à ras
de terre
le glas glissé
sous l’herbe
de la projection du
corps
magique
rayonne
en tous sens
quand le félin sort
la courbe solaire
mue de l’épaisseur
doigts agités par l’air
beau signe d’une nuit sans lune
ombre portée
double lumière
d’avant en arrière
esclave du soleil
vivre dans le creux
du bras de mauve
redessine le derme
violette ardeur
sur la surface du lac noyé
réfracte le blanc
l’iris iridescente
fleur de brune
rose piment
étoile poivrée
fille de cannelle
mère d’un pétale de rosée
si baille le matin
dès que la lumière
si le blanc de l’œil
allumée d’aube
éclot d’ivresse
le vaste ventre
au dessus du nombril
et en dessous
les fastes
les banquets
soumis à la vraie royauté
dans les pans écartés
par la jambe
l’aura neige
délicate couronne
du pied lacé d’or
que je baise
sans retenue

IMG_0768 (modifié)
Lambert Savigneux

je comprends que j’écris différemment lorsque je m’adresse de façon directe ou indirecte à une personne ou bien que je tente de cerner un sujet, Si j’écris face à l’incertain ou l’indéterminé de moi, alors la poésie parle directement à la chair du mot et à ce qui fonde l’idée.  Il est intéressant aussi d’aborder cette adresse ou cette tentative de description afin de mieux cerner l’écriture,  mais peut on  dépasser la description dans l’indéfini de l’adresse , n’est-ce pas ce que veut dire Gamoneda, ou non, et ne serait-ce pas finalement du lâcher prise ? Une confiance vis à vis de la relation qui suppose que l’autre comprendra ou que l’on fera mouche sans viser à point ? Question que je commence à me poser.

Oiseau englué dans la nuit
d’un seul coup d’aile
dégringolée de la confusion
revers de plumes
du bec ouvert sur l’air
arraché le masque
les chaines d’amarrage
à la muraille fictive
dans le ventre le spasme
puis choir l’emprise
pouls sombre dans l’espace
les clairs dévalent
des pentes de la tendresse
longue neige sur la nuit
à l’élévation sur le levant

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Soudain le vent prend la mesure
de l’éloignement et la vanité
d’agiter les cotes trop lointaines
soudainement tout s’est tu
des hurlements des tourbillons
les remous en dessous et les courants
plus rien n’est perceptible de l’élan
le calme a regagné la surface
s’est apaisé jusqu’à la profondeur
pleinement conscient de la densité
des mondes tonitruants de l’océan
lisse et saturé en son centre
oublieux de toutes ses tempêtes
se ramenant en un point
vive mère de toutes les fleurs
ses éclatements solaires sa joie
sœurs de la nuit et des étoiles
milliers de pistils pour la fin des temps
s’apprêtant à éclore c’est naitre
à cet inénarrable épopée de la flore
l’échappée vers le noir absolu
de la contenance blanche de l’amour
dans cet absolu éclatant de l ‘œil
aussi clair que la plongée en eau
si la lune répercute les marées
un seul clapotis de cœur fait taire
les grandes sueurs des tendresses
le reflux jusqu’au centre de soi même
l’âtre étreint de la grande faim
se contente de se savoir inéluctable
point de non retour de l’être
en éternelle reconnaissance
s’éloigne de l’éparpillement en vain
de la pulpe de ses essentiels

Ama-San, Fosco Maraini - 1960
Ama-San, Fosco Maraini – 1960