<élucidation_

en sourdine
un fond obstiné et sourd sert au monde et à l’apparition, mains qui se choquent entre elles ou pieds qui heurtent la terre, ramènent à la cadence de la frappe sur le métal, en résonance au frappement des paumes sur les peaux des tambours, le bois résonne,  caisse de résonance, un bâton cherche à atteindre les veines du bois mais renvoi aussi à tout un univers de végétal, là l’arbre, mais aussi l’herbe, quel qu’elle soit , le monde s’entrelace à la  la culture, on pense à la pioche mais aussi à la main qui ramène la plante thérapeutique dans le panier, lui même tressé, étoffe ou vannerie, porté, sur le corps ou à bout de corps, tous ces liens entre les choses sont sont tus, mais vus , la culture cette mentalisation des habitudes , cette circonférence autours des choses captées par l’homme dans son sociétal.

rien n’est organisé quand l’œil décille, l’esprit se dessine

L’œil rejoint le corps qui écoute , le corps participe mais alors la musique, ce qu’il en ressort car  ce n’est que le rythme et la présence de l’esprit dans le corps à la participation aux choses,

la musique ne rend pas compte elle participe à l’esprit qui établit des liens

Il faut comprendre que par là est dit l’affirmation d’être vivant de la même façon que ce qui autour participe ou est simplement là, est intégré dans la sphère de l’homme, se relie et convoque ce qui voisine et dont il surgit

se mêle aux herbes

les herbes sont à la base de la vie spirituelle, culturelle, cultuelle et thérapeutique, elle sont aussi plus vulgairement les poils du sol, là ou le cul s’asseye et ce que mangent les chèvres et les moutons, mais un monde y est caché et renvoi à un autre, occulte ; la cuisine et l’aliment, les recettes et les saveurs s’imprègnent, des feuilles choisies comme épices flottent sur l’eau qui devient bouillon au contact en réaction chimiques des éléments premiers de la composition, déguisé en artifices de nature le monde se déploie et se transforme, la cuisine domaine des femmes qui invite l’homme en est l’antichambre et se mêle à la salive, fondement des circulations dans les organes,  l’homme entier est à la fête et touche à la dynamique des fluides, l’astrophysique se dans les espaces, la chlorophylle et le son se résume dans le gong des bois quand casse le pilon la graine et que chauffe la flamme qui fait cuire,

le rythme est tout entier là, c’est ce qu’il faut entendre par reson ;

mais avant tout cela est tu et appartient aux ténèbres fermées de la chambre ou du bois,  il est possible en plein jour de le voir par les yeux, il faudrait être aveugle ! le son du dooplé, le pilon qui martèle et transforme le végétal en ce qui sera la couleur de l’aliment est à la base de la danse. Tout s’enchaine , il suffit de voir et de comprendre

mais tout cela est tu

( à suivre)

Bougie et tête

cette figure semble sortir du néant,
émane d’une matière hasardeuse, pauvre, s’apparente au rebut ;

le fer tordu assène la figure, laissé pour compte, le fer tordu et la soudure  est elle réellement différente de nous figure humaine, matière humaine, lignes abruptes dégrossies par le marteau, fer contre fer et maintenues par le chalumeau  sauf pour ce que le vent a pu apporté, déposé sur les torsions des membres, peaux aléatoires, nourritures issues du végétal ou pierre broyées sont un revêtement est ce un habit, la partie visible de l’âme de la figure, sa puissance renvoie aux éléments du chemin de la clairière ou de l’océan, bord de la rivière; le paysage est ici colporté sur le corps, il en est partie intégrante, il colle et cache son origine mais est une porte, entrebaillée, comme des dents la langue et le larynx, le corps brille par sa peau et est paré d’une décoction qui le rattache
La tête est synonyme de lumière, de moteur , elle est ce par où ce qui s’ouvre s’ouvre, cette excroissance longiligne, semblable de tous lieux
connexion, bougie de voiture est cousine de masque tchiware , bamane forme animale qui n’est qu’homme car il la sculpte, la porte , porte encore , la tête porte, ouvre, se porte , 

mais trouvé dans les déchets, usée une bougie fera l’affaire, signifie plus qu’elle ne ressemble, amène au sens plutôt qu’elle ne convie  l’apparence de l’humain – dont il est question , qui d’ailleurs ne compte guère.
la trompe garde le brillant, est ce voulu ? elle est ce par quoi le sens transite, s’enfle se développe se multidimensionne – c’est pourquoi la trompe brille , cet assemblage de cuivre porte le sens, le souffle véhicule le pouvoir l’honneur et le sacré ,
autrement- il signifierait la destruction
c’est peut être pourquoi l’homme semble si hasardeux et indifférent, il n’est qu’un support,; les membre sont un autre sens au mot trompe, une circonstance et condition musculaire et osseuse, tel est squelette il est voué à disparaitre, seul le souffleur apparait, les membres beaux sont ternes poussés vers ce poids et cet effort
il est dit que si quel qu’autre portait la trompe à la bouche et renvoyait le sens la puissance du souffle de l’honneur le gonflerait comme une outre et éclaterait, une mort certaine
c’est pourquoi la trompe brille et que les lèvres ne touche pas l’éclat
la condition du souffle est évoqué
les membres rappelle le canal du souffle, son de sens .

il faut pouvoir l’entendre et cela n’est pas donné, le fer cache une redoute, avant d’arriver à entendre le son

cela est l’au dela de la sculpture , de l’homme esquissé, du cérémoniel évoqué.

© sculpture Simonet Biokou -

Kankangui

étoile

bruit métallique des fleurs

aigu qui fini

l’étourdissement des peaux

la paume a convenu l’accord et frappe régulièrement à l’horizontal du sol

un arc de cercle que tend le fil émet tous les sons quand s’abat le bâton

© sculpture Simonet Biokou

 

 

des pierres l’une contre l’autre sont obstinément silencieuse – l’eau les tait

assis


sourd dans la poussière mon regard en sourdine se mêle aux herbes

la chanson me vient aux lèvres

étouffé qui s’étend au chaos

je vois celles qui tournent dans l’air tournoyant de leurs robes

les cuisses et le bassin la rivière contre les rochers et le bois qui flotte

les couleurs se froissent le chaud frotte l’eau la naissance  de l’effort

c’est la corne qui remémore

l’issue de la pointe à l’embout

dans la poussière les pieds interpellent les braises de la nuit

métal

bois

santal

le feu est rouge du souffle qui tord le fer et le cuivre roussit

trou

feuille

embouchure

le souffle s’inspire des pieds inlassables et s’instaure dans le cuivre

l’os et l’air lape comme la langue qui boit la rivière

ample

qui coule

qui porte

le son sans effort est une tige et parle dans le noir de toutes les profondeurs

tête droite tout concourt à la trompe d’où le son salue et vrille à l’ouverture

sans faiblir l’immobilité de la prestance donne l’essor nécessaire à l’accueil

la force contenue dans la tige pour que l’honneur soit le ciel dans le corps

des refrains comme  le heurt des insectes

des battements comme le vol quand l’oiseau porte hors de lui des ailes

des martellement incisifs défient le sens

on ne sait pas pourquoi dans ce même temps le sourire de contentement quand tout se passe bien l’homme et la femmes savent que l’accord est obtenu et que la vitesse de l’élancée assemblée va se poursuivre dans le va et vient des hanches dans le cumul des ans fiché comme une tête dans un cou et le torse qui porte lui aussi l’élongation longiligne du son qui salue la fête de l’harmonie la droiture simple le permet

le son file

rappelle le tisserand dans un seul fil parmi tous ces autres qui hurlent et se taisent debout et assis et courir lance ou pioche

le son est droit

les deux jambes les deux bras équilibrent le torse pour que file le son emmêlé de façon certaine pour que l’ordre  et le cuivre luisent

le vide est contenu dans le métal bout à bout dans une longue élancée lui fait rejoindre le ciel par le bout de la bouche

l’effort de la bouche est intense et aspire à la renaissance – il est fixe

anicroche

le feu à fait fondre et le marteau a façonné sans que s’arrête le temps sans que s’arrête l’homme qui frappe pour que soit la feuille et l’enroulement du vide qui permettra le son la teinture sonore de l’effilement le faîte sans trembler pour que file l’événement

on ne sait pas pourquoi il faut simplement que tout concoure pour l’homme et la femme adviennent à la beauté 

[sur une musique The pan african orchestra opus 1 Ghana]

Shitao

Asmarandana degung

Ainsi Montagne et Eau sont perçues non plus comme des éléments partiels, opposés et figés : ils incarnent la loi dynamique du Réel.

A travers la pratique picturale, l’homme cherche son unité, en prenant en charge le Réel ; car l’homme ne peut s’accomplir qu’en accomplissant les vertus du Ciel et de la Terre dont il est doué. L’idéal vers lequel tend la peinture chinoise est une forme de totalité : totalité de l’homme et totalité de l’univers, solidaires et ne faisant qu’un.

… Aller au bout de la nature des êtres et des choses, c’est se Joindre en Troisième à l’action créatrice et transformante du Ciel et de la Terre.

© François Cheng , vide et plein, Seuil

Versant Est

A l’orée de chaque poème, dans le souffle inaugural qui le suscite, il y moins chez Octavio Paz le désir d’une affirmation qu’une sorte de sursaut matinal, un élan quasiment incoercible de l’être, spirituel et charnel tout ensemble, vers l’indéfini du dehors, vers ce qui n’a ni lieu ni forme ni figure – et qui l’attent d’un homme et de son regard.

(…) par delà même la magnificence d’une parole, c’est bien ce refus de l’inéluctable, cette rébellion sans relâche fomentée contre les certitudes acquises, les savoirs de la veille – et, devant eux, comme inentamée, la muraille obscure du monde.

 

 

J’ouvre les yeux
                                je suis

Encore vif
                      au centre

d’une blessure encore fraîche

 

 

La parole de la poésie est à l’image de cette terre, de cette histoire que nous vivons : éparse, dévastée de vide, lacunaire.

 

 

 

Furieusement
                            Vire

Sur un reflet
                          Tombe

En ligne droite
                               Blancheur

Affilée
              Monte
Le bec sanglant déjà
Sel épars
                    A peine ligne

Quand tombe
                            Droit

Ton regard
                       Sur cette page

Dissoute

 

© Octavio Paz, Versant Est et © préface de ClaudeEsteban ; ed. Poésie/Gallimard.

 

 

 

 

Théorie des signaux coûteux, esthétique et art

© Jean-Marie Schaeffer , Théorie des signaux coûteux, esthétique et art , ed. Tangence, coll. confluence, Presses Universite Du Quebec

” Les oiseaux-berceaux (bowerbirds) sont une famille d’oiseaux dont les espèces vivent notamment en Australie et Nouvelle-Guinée. Ils appartiennent à la famille des Ptilonorhynchidés, qui fait partie des sous-ordre des Oscines (oiseaux chanteurs), qui lui même fait partie de l’ordre des passériformes. Il en existe entre dix-huit et vingt espèces . Ils doivent leur réputation notamment au fait que les mâles construisent des architectures complexes et très décorées, appelées “berceaux”. La construction est à base de rameaux d’arbustes entrelacés de manière remarquable. La décoration tire profit de multiples objets prélevés dans l’environnement et recyclés : fleurs, plumes, capuchons de bouteilles, morceaux de verre cassés ou de vaisselle, ustensiles en plastique volés (par exemple dans les campings voisins) et ainsi de suite. Souvent l’intérieur du berceau est “peint” avec une mixture de baies, d’écorce, de charbon de salive et de terre. Il occupe les mâles une grande partie de l’année : ils ne compte pas leur temps pour le construire, le perfectionner, le réparer et le “retaper” par exemple en remplaçant les fleurs fanées.  L’oiseau bercé satiné d’Australie par exemple commence la construction du berceau au début mai, alors qu’il n’est utilisé qu’au mois d’octobre et de novembre.

Pourquoi tant d’investissement dans une construction sans fonction”utilitaire” (puisqu’il ne s’agit pas d’un nid pour les jeunes) ? En fait le berceau fait partie de la vie amoureuse des oiseaux-berceaux : il est un élément central dans la stratégie de séduction du mâle et il joue un rôle important dans le choix que la femelle va opérer parmi ses amoureux. Sa fonction est triple. D’abord, en tant qu’œuvre architecturale et décorative, il attire l’attention des femelles qui l’inspectent minutieusement. Ensuite, dès lors que l’œuvre a convaincu la femelle que l’architecte en question valait la peine qu’elle s’y intéresse de plus près, il fonctionne comme une salle de spectacle. En effet la femelle vient se placer à l’intérieur du berceau et regarde l’architecte- le mâle- exécuter  la phase  cruciale de son opération de séduction : une danse couplé à un spectacle sonore, dans la mesure où, en dansant, le mâle émet toutes sortes de sons, en partie mimétiques (il imite d’autres oiseaux), en partie auto-mimétiques (il imite ses propres cris de menace) .  Une fois la parade finie, le mâle essaie bien entendu de s’accoupler avec la femelle sans lui demander son avis.Le berceau rempli alors sa troisième fonction : comme le mâle doit faire le tour de du berceau pour atteindre la femelle , celle-ci a le temps de prendre son envol et d’éviter ainsi la copulation  forcé, c’est à dire de préserver son libre choix. Mais comment la femelle choisit-elle?  Qu’est ce qui lui importe davantage : l’architecture, la décoration, la danse, et les imitations vocales ou tout cela ensemble?  (…)

On aura déjà compris ou je veux en venir. (…)

Concrètement, ce qui est en jeu ici ce n’est pas l’idée que la relation d’appréciation dans
laquelle les femelles s’engagent par rapport au chant des mâles relève de la fonction esthétique,
où que l’art remplit une fonction de sélection sexuelle ou une fonction du même type,
mais uniquement que la structure de la production pöiétique ou actantielle et de l’activité
attentionnelle à travers laquelle se réalise la sélection sexuelle chez les oiseaux est homologue
de la structure de la production artistique et de la relation esthétique chez les humains.” (…)

 à suivre .

La grande balafre

Même si

La grande balafre

 accroché à la carcasse du monde vieux
c’est la solitude coupée de la vitalité

vies sur l’autre rive les cent défaites de toutes les défaites
plus nettes que l’étincelle  la mémoire portée en rive
les strates chapelet les graines rouges au toucher comme pour les couver de la paume le songe de la folie fable de la source
ici git la dérive de l’im-pensé pulpe rouge le sang du rêve est in-attendu.

à partir dans le non – dire le oui
le rire émietté
  les vagues insensées absentées du réel l’esprit serait un jardin contradictoire
fleur épineuse les crocs de l’énergie un trou noir un phare,

l’humain veille
duvet le sol sur le monde
baobab fou

comme le fou les Paroles entre les écorces et la terre en frémit elle les entend ressasser  les remous dans l’intensité

le temps sait  être obscurité et profondeur
Chemin qui s’ouvre dans l’invisible alors qu’il n’y a pas de chemin

promontoire une absence se survit parole

secret partagé propagé de main en main clin à l’œil à l’acte à l’être
tracer les points et l’ambitus  de l’ambigu qui situe
le puits dans la terre sèche  rien à que ce qui se cache  que d’éveillé;

comme une chair la terre et les fruits  pâteuse la voix noire eau de la révolte s’accorde au vieil homme et ramène au sable la douleur  la mort et le recul de l’enfant

pays rompu
éternelle résistance
l’homme a le corps dans le peuple et se souvient
sagesse incarnée dans le temps
un chant contourne les implications et se soumet à la nécessité

sourire qui pourrait être paysan et qui l’est quand il appartient à la terre.

le sang épars ou l’écho de Glissant

Non pas l’oeuvre tendue, sourde, monotone autant que la mer qu’on sculpte sans fin – mais des éclats, accordés à l’effervescence de la terre – et qui ouvrent au coeur par dessus le soucis et les affres, une stridence de plages – toujours démis, toujours repris et hors d’achèvement – non des oeuvres mais la matière elle même dans quoi l’ouvrage chemine – tous, liés à à quelque projet qui bientôt les rejeta – premiers cris, rumeurs naïves, formes lassées – témoins , incommodes pourtant, de ce projet- qui, de se rencontrer imparfaits, se trouvent solidaires parfaitement – et peuvent ici convaincre de s’arrêter à l’incertain – cela qui tremble, vacille et sans cesse devient – comme une terre qu’on ravage – épars. 

(© Edouard Glissant, le sang rivé)

 

 

ma poétique se retrouve dans ces mots et cette façon de regarder, de concevoir et de se situer

déshéren_ce

Ma queue sacrée sifflante comme un naja d’étoiles broute à la massivité noire

velouté la grenade crépue plus forte que le renoncement s’entrouvrent  les lèvres l’extatique pulpe sinueuse

bouche

les muqueuses de la douceur  voile la clarté une attention soleille  au bord de l’oeil

ton fiel la contrariété de ta violence

!dégonfle vieille barrique ! pourpre ton rouge me meut! tu me tances à travers l’asphalte blanc croyant me dégourdir quand je me tue tout à fait tu crus que le lait du ciel se renversait du seau d’orient

au nord la pointe de la connaissance  au sud le tumulte s’érige  dans un tressage de finitude et d’accomplissement fil à fil   la chevelure a la voix du serpent

l’inertie et l’attente des béances ne firent qu’aguicher la colère enlacée à  la peur enflammer la douceur mutilée

sublimer

le corps s’allongeait cachait le dard sous son pli

des temps que les courbes se prélassaient  préfigurant le sacrifice buccal ou l’offrande des songes le déluge des chairs et le sens du monde fut respecté l’empifrage comme déchiffrage réfractât les arceaux boréals d’un jet de  chiasme les tentures des soirs se déchirèrent et le désir s’en fut

ce que des deux mains je maintenais

plus loin qu’à l’ouest vers l’ insondable nomade le sommeil recouvrit la terre d’épis des déchirements d’éclairs et s’en fut

la vie ruisseau se mit à couler arrêtée par les pierres qui ne pleurent pas même de désir même secouées d’étincelles même dessinées de pollen les pierres restent des pierres et ne livrent  pas le secret contenu elles éclatent quand la châleur est trop forte et que l’insupportable est atteint c’est ainsi qu’elles geignent sans que rien ne se déserre ni ne cède

ce fut une secret bien gardé et ceux qui cherchèrent s’en revinrent la queue à la main les pieds sanglants d’avoir trépigné sans que l’écho ne s’empare d’un soupçon d’éveil en eux ou en dessous

la lave ce jour fut muette

©Nurcan Giz

attendait la nuit qui ne fait qu’assourdir les rugissements des fonds des fards le rouge simulé pour que foncent les rouges piquetés de chaud

ils ne firent qu’aller de porte en porte et se lassèrent les mots illustres roulent comme le vent la verticalité ne retient pas l’étalement de l’eau ils dévalent  et roulent et les creux les engouffrent  les salivent et ne recrachent ni ne déglutissent

il faut que la terre soit meuble étreinte douce des veloutés des pluies de joie et la fierté immense pour que s’entrouvre le verrou

le fer dans le vert de la fente

il faut un trou profond de cent mille mots pour que le réveil et un oeil ameuté plus vaste pour que s’élargisse l’ouverture

le sang portance de la potence

esperanto desespérento

…les langues multipliées multiplient les imaginaires . En passant à l’acte d’écriture on en déstocke le trop-plein en restituant une bibliothèque d’histoires, d’énigmes et de rébus. A la parole spontanée se superpose la parole invisible, on passe du conscient à l’inconscient en dérivant de la langue au langage. on donne aux mots une deuxième dimension, élaborée inconsciemment à partir de sédiments, … sables, graviers limons en  proportions inégales selon le parcours de chaque vie dans des territoires inconnus .

…le vagabondage au milieu de syllabes qui changent de sens dès qu’elles changent de ton ou d’accent me projetterai sur une longue route aux multiples déviations … Ma palanche serait alourdie de mots agencés à la manière fantaisiste de colporteurs qui proposeraient le soja avec du sirop de sucre parfumé au gingembre, le manioc bouilli avec une poignée de bonbons à la banane confite  Des mots inégaux qui mettraient en déséquilibre les paniers au bout de la palanche . Des mots pour tomber à la renverse et pour marcher à reculons en broyant du noir aux cotés des âmes errantes, déambulatrices de l’autre monde, amputées de langage ou de sons et dotées seulement du don de hantise. Des mots à avaler, mâcher ou croquer en déambulant en compagnie de tous ceux qui s’agiteraient autours de moi, seuls ou en famille, souvent chargés eux mêmes de lourds fardeaux : canards vivants, arbres à cames, arbrisseaux, pianos à queue, bouquets de nénuphars équeutés.

© anna MoÏ ( esperanto desespérento)