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Entre les gouttes

Ensuite
comme avant
les gouttes de pluie
la jeunesse
de la lumière
à grands coups de pinceau
est plutôt blanche

 

Gonflée d’eau
saturée
La montagne des pins
penche
une ondulation
lucide
pointe
le filtre
de l’enveloppe verte

Sans limite
le monde
une perle
une marelle à cloche
pied
aveuglante déchirante
main
posée
reposée
vacille

 

(c) Akiko Shibayama
(c) Akiko Shibayama

 

Ainsi
noirci
plonge assis
sans obstacle
la vue n’a pas la densité du bois
une amnésie
dépose dans le flacon
éloigné de la masse
un trait
mes fesses délavées
rassurées
sur la travée
couchée
adoucie par le coussin

la lueur citronée
l’aube humide
pattes
entre les lattes
en lamelles
douces
il fait chaud
dehors
les mots glissent
sur la feuille
lape
récipient d’air
de grands gestes
comme l’on parle à un ami

 

(c) Akiko Shibayama
(c) Akiko Shibayama

 

La pluie
nervure de
la nappe
le thé
on prend un bain
on se sèche
on sue
entre les jambes l’eau verte
mate
la peau
une fine bruine opaque
un linge
une pierre bleue dessine une grue de coton
éponge
la fuite
la pluie
et la lueur
recluse
dans la pêche
la pâleur de l’intérieur

(c) Akiko Shibayama
(c) Akiko Shibayama

et creuser un trou

Il faut rechercher ce point d’embrayage où la journée cesse d’être la journée pour se recoller, au temps,  plus ambigu, enjambant ce qui semblait en collectant les secondes un peu répétitif et sans marque propre, se confondant en ligne indistincte et est plutôt morose.

Aboyer, geindre, se mettre à hurler, miauler, se jeter du toit de la niche, par le trou de la chatière faire le tour du jardin et creuser un trou.

Brins d’herbe, tomate tornade, y trouver une boite d’allumette, le collier de ma sœur ; canari chipé poulet volé, crocs plantées, langue pendante et bien pendue, la chasse au trésor.

Cien creuse, (c) E Grenier </a
Chien creuse, (c) E Grenier

Sans inquiétude aucune, de rupture dire que cette cassure pourra faire greffe, bourgeon, pontage, s’arrêter et faire un trou, rejeter les débris au loin pour faire place nette, y poser son os.

Portrait de l’endormie

C

est une naufrage entre les briques
les jumelles permettent de sangler les vides
le rouge à lèvre est peut être dans les creux

X

Je baille
l’eau
maintient le naufragé

D

Semble refermer le sable cap au piment
il fait nuit dans le gris
deux baguettes abouchent la crevette

G

Une feinte entre les dents l’aspic s’applique à dépasser la langue
deux cordes de luth dans le palais

F

Ce n’est pas un oreiller
ce n’est pas la chevelure
ce n’est pas une bougie
moteur à quatre temps

A

l’ovale
est troué
le triangle
pointu

Y

Le teint opaque
le lait mat
là où s’accidentent les nageoires

B

Ne bouge l’oreille
pare les cheveuxle noir serre le fil des cils
paupières cinglées des ongles

U

Seins
d’occident
l’aile

S

Entre dans les parpaings lézard recroquevillégranulé de béton
ciment peau
trainée lumineuse de tignasse

T

L’ouverture lente des lèvres
ce blanc corps sue glisse sur la fente
tourelles du château

M

Pourtant rien dans les murs ne rend de son
la vase de son
et tu bailles ou m’avales

L

Rivalise dans le rêve

akira Sato- woman
© akira Sato- woman

Muette sur la lettre

Peinture inconnu

Passé de l’autre coté de la barre
poudreuse de rouge
le chemin d’ocre
ou le pole
aussi haut qu’il semble possible
avant de tomber

La pluie et la brume
ça et là des amas de matière
brumes noirs coulées blanches
ces accès du monde où l’écriture transpire
des laves épargnées

Ce sont des iles
l’ordinaire de l’humidité
ça et là
la suie où ça n’a pas séché
des embruns dégagent la calvitie
de l’ombre
muette sur la lettre

Alangui

Dans la grande pièce la baie vitrée ouvre sur un espace, un espace tout blanc ou clairvoyant, que je sois dehors ou dedans, mais si j’étais un chat je ne décrirai pas mieux ce bonheur d’être alangui.
Perché sur le haut de l’armoire, le maitre de maison rentre ou une araignée passe, dont le trajet passerai par là: l’amusement qu’il y a à se promener ou détaler, atteindre ce qui passe à ma portée et attentif ne pas perdre une occasion de malmener ce qui peut l’être et qui sinon serait figé en pure perte .
Il faut s’ingénier à un indicible foutoir, rendre l’ordre illisible, le monde ne fait pas de bruit seuls ceux qui y mettent la pagaille braillent à tout va , c’est ce que je fais, je tire sur le fil du plus haut que je sois.

On a vu la cime

Cela résume le jour, un éclaboussement d’oiseau sans qu’il neige
Du haut de l’arbre comme une forme de conciliabule bien sûr des Dieux ou des génies ou la Lumière
on parle encore de la conférence des oiseaux.

Pour arriver jusque là il a fallu être les troncs être les branches les mousses et les écorces métaphoriquement parlant parce qu’écrire cette épouvante est trop risqué. Et puis je suis enfermé.

L’arbre une fois jailli de la lumière et s’envolant des millions d’ailes .

On a vu dans un plein jour s’envoler des millions d’ailes
des projections de papillons
ils parlaient à la pierre et aux racines des feuillages.

Libres dans la lumière, la reflétant, pourtant les Bonzes ce jour étaient pourchassés il ne sert à rien de se souvenir de cette grande peur et du sang qui s’ensuivit seul le safran respire et la terre des moulins à prières.

On a vu aussi des milliers de plumes sur le barrage c’était les gens de la tribu qui protestaient marchant sur le béton essayant de le casser
L’eau est restée prisonnière mais la forêt engloutie est devenue un grand plumeau.

J’étais assis au bord du lac et je pensais aux canards,
la lumière enflamme la ville elle parle comme un doux murmure
elle est lassée du shopping,  elle a abandonné toute idée de violence
rase, elle se résume à une lumière l’asphalte ne fait plus de bruit et il n’y a plus de plume, les papillons sont partis et l’eau pas encore arrivé.

Il a fallu que je me mêle à un soupir et je me lève.

Bonzes au coucher du soleil, Angkor
Bonzes au coucher du soleil, Angkor

Madiba

La marée sud-Africaine ratisse les plages de la modernité. l’heure n’est plus aux bidonvilles ni aux meurtres de race, où l’est elle ? L’est elle car la vie devient, c’est de là qu’elle provient et inlassablement y va, comme la marée.

Une vie entre des barres, j’ai lu les carnets, mentalement fait feu de tout bois, en haut de l’arbre (la Vie) ces millions d’oiseaux affolés (la liberté) l’arbre enraciné aux feuillages vivants les oiseaux (plus rien n’est fixe) et les nuages volant (la conscience d’être et l’éclair est inaltérable) la masse statique de cette terre est soumise à ces pérégrination ambivalentes, tout est mis en mouvement et l’énergie dans cette terre immuable recouvre ce qui semble ne plus bouger. L’immuable est soudain basculé, se désagrège et renforce ce qui ne peut plus s’arrêter.

Entre ces deux horizons, des innombrables trajets d’aller-retours, projets, embuscade, cache d’armes, escales, embrassade, accolade, l’herbe chante, et zébrages, triangulations et stries qui accumulées empilent les expériences.  A ce point d’un continent, regretter et pleurer parce que toute cette expérience qui pointait dans ce corps et l’âme, lumière accumulée qui flambe dans un feu que ne font que recueillir des flammes, l’incandescence déjà froide dans les paumes de quelques fidèles, dans les larmes des regards tournés vers le soleil qui descend comme pour oublier. Quelques lueurs de sang pur restent dans nos visages, quelques paroles et le poli du saphir lance du regard.

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"Quand un vieillard meure, c’est une bibliothèque qui brûle" traduisait Hampate Bâ pour ceux qui ne voient que la plume tracer des signes

Moi je vois les vies dans une qui s’accumulent, s’affinent pour s’emparer de la réalité et tordre, je vois cette vie qui devient ce que le monde devient et je me dis et cette vie que devient elle une fois morte et le monde que devient il et je me mets à pleurer

Quand un homme meure il faut beaucoup pleurer pour garder un peu de lui, le temps et l’arbre s’écroule et tout est il à recommencer ou bien est-ce une chaine de semence, je récolte la graine et je la plante en moi, espérant qu’elle pousse, c’est pour ça que je pleure.

Sur le point qu’il représente dans l’histoire sud africaine, est-ce un signe  ou faut il voir comme une jetée d’où le semi continent se jette comme au feu. L’océan est l’inconscient, la marée est celle des flots humains, ces corps qui restent, ces consciences soulevées fragment par fragment on croit voir un corps qui dépérit, on croit voir la violence et la stridence se fait sentir, Madiba est le pole d’amarrage, la conscience grandit autours de lui l’orage gronde, failles électrique de cet univers qui sombre et la conscience affleurante de tout temps en un squelette est un nerf profondément fiché , eau d’un ancien puits,

et de ce puits dans la continuité les larme se mêlent en sourire, force de continuer, une fois rassasié d’émotion, une fois la concordance faite et la main dans la main et le regard dans le regard , clair et s’obstinant .