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C’est attendre que l’avalanche arrive et qu’elle m’emporte dans son éternuement seule façon de se déplacer utilement. Car on est nu, les vêtements déchirés quand l’avalanche  avale et qu’enfin ça glisse. Qu’on est l’envie dans la baleine.
Parfois on se lance comme à ski et rien ne se passe , on reste immobile et le tonnerre est  dans le blanc.

Maison est loin des pages, dans le brouillard et les forêts, hors piste attendant le loup et criant à la nuit si c’est la nuit ; les étoiles alors nous voient et c’est un privilège ; les dents des fauves sont bien plus aiguisées quand ils bavent, l’échappée nocturne les met à l’abri du gout de la sieste, ou de la conversation qui d’une certaine façon tue, sans armes au lieu du rendez-vous,  crie bien fort comme à la courre et ventre à terre.

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(c) photo Sergio Larrain

 

 

Au seuil de la déprime, la tristesse et la rage ne pas fermer la porte, la laisser ouverte pour que rentre l’air et que s’envolent les peaux mortes
toujours debout souligner quelques mots de rouge puisqu’ils ont fait le sel de la vie  ouvriront les Offices,  les salles de concerts, les cargos, les ports et les ponts, allez à Lisbonne, Prague ou Tokyo
Souligner les mots et en faire une liste, l’ossature d’un renouveau, la carnation d’un sourire et le sniff d’un halo de loin le contour de tes lèvres, alors je partirai suivrai l’itinéraire d’un nouveau printemps entre deux voitures de corail

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(c) inconnu

Lan Lan Hue : L’écume des mots

Cela faisait longtemps que je voulais faire un échange de texte avec Lan Lan Hue dont j’aime le blog  rencontres improbables. D’elle, j’avais aimé un texte sur la francophonie et la saveur particulière que le français , la langue, peut prendre alors. Son texte , l’écume des mots illustre cette fascination à merveille.

Voila le moment est venu et je suis heureux de l’accueillir ici

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(c) photo Lan Lan Hue

J’ai regardé l’écume s’en aller, disparaître dans le vent, dans les vagues et puis les goémons. J’ai pensé aux mots, écume flottante eux aussi, dans leur valse ritournelle. Ne dit-on pas des mots qu’ils s’envolent et ne sont que vent, vent, vent… Je les avais cueillis jusqu’à présent comme une bourrasque venue du large, fraîcheur retombée sur le monde comme par inadvertance.

Des mots se sont levés, ils ont construit d’éphémères existences. Des histoires, des anecdotes, des théâtres de marionnettes ont mêlé leurs fils. Ils ont raconté les impasses, les espérances et les déceptions. Symptômes acides, vieux restes inassouvis, dans le courant des mots, ils ont tissé leurs phrases. C’était un cours limpide, discipliné, organisé. Mais dessous, grondant dans le monde sous-marin, est arrivée une onde forte, tourmentée d’algues et de coquillages. Telle une encre noire, elle est venue racler le sable, l’éclaboussant de vide et le trouant de figures inconnues.

Goutte à goutte, s’en est allée l’écume. Et puis avec elle, les mots, doucement égrenés, un à un sur la crête des vagues.

C’est la vie en ses histoires minuscules qui se réveille en levant le regard vers l’horizon.

Nacres soleil, erre du vent, vogue le temps.

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(c) photo Lan lan Hue
Comment se fait-il que –  alors que la personne est en train de perdre pied et s’effondre sous sa propre incapacité à rendre compte de sa réalité physique, autant par son expression que le contenu de ce qu’elle dit, visiblement, (mais est-ce visible ?) mal à l’aise et dérivant loin de ceux-ici présent, en tout premier par la cohérence
Comment se fait-il que ceux-ci qui la regardent ne voient que quelqu’un un peu en difficulté, un peu risible mais qui ne porte pas à conséquence, ils ne voient rien à redire, le démettent en quelque sorte,
RIEN d’ailleurs étant le maitre mot , rien à dire sur ce qui se passe, aucune intervention pour remettre à jour le cours, en ont-ils conscience même,
se passe t-il quelque chose et n’en parle t-on pas puisqu’on ne parle que de ce  dont on peut dire quelque chose, mais oui aussi, parce qu’il y a une fracture et un effondrement qui n’en fini pas d’émettre des ondes qui désespéramment l’éloignent et font de lui quelqu’un qui se tait.
Encore une fois, sans que rien apparemment ne soit visible – dans une concomitance ou synchronicité, une ligne invisible sépare deux phénomènes distincts qui ne devraient être qu’un quoique perçus différemment,
la réalité, suit-elle les lignes de force de l’impression, générée par elle et l’être, alors est-il dévié ?

D’une grande partition
la déception
un néant fait aussi mal que place à la mort
le vide est un million de larves
alors pourquoi  partir my love

c’est pourquoi Saikaku de retour de voyage
a traversé le pont
posé son balluchon sur la rue des plaisirs
osé éternuer croyant hennir

 

la bouche sur d’autres bouches, les mains sur les fesses
de l’arctique à l’antarctique
un sourire fend la pastèque
et aspirant à la pointe de la langue d’un phare tournoyant sur l’océan
à toutes volées par les doigts
grande caresse courbe et creuse
remue de l’Xtreme  douceur les noyades et les triques
moi l’hibiscus étale la couleur rouge
transpire  sous les aisselles
tant dans les pépins que dans les bris de pulpe
il  faut bien gravir
pourfendre la montagne onctueuse
mais en gros plan sur le grain
la peau et l’eau salivent par la bouche
il se jura de ne plus dire que tu

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(c) Atsushi Yokota‎

 

 

rien qui m’éclabousse
aussi puissant que deux seins
émincés du corsage
que je  louche que je touche
que je bouche que je souffle
quand par un fin doigté je remets les mailles du monde à l’endroit
l’une sur l’autre, l’autre sur l’une et ainsi de suite en laissant passant le fil
tout s’entend sans qu’il soit besoin de murmure
si partir à travers
les steppes et les montagnes à suivre les fleuves
succomber dans les mousses les floralies de fougères
la pâquerette
bien au delà du pont et des cages à plaisir

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un bateau est arrivé il sentait bon le cuir et la nuit troublée les odeurs parlaient des dessous de l’océan oui je sais une fine dentelle riait sur le body de la mer et je me suis réveillé en tremblant

J’aime ces êtres comme ce paradis de corail à la surface sans qu’elle le sache la main dessine des fleurs qui s’embrassent sur la bouche et font l’amour en piaillant

sur l’œuf de la poule il y avait un duvet et un jus de citron comme un fleuve de couleur

elle m’a appelé j’ai plongé je me noie juste pour voir, juste par plaisir pour mieux voir son visage

je l’ai suivi au bout du couloir au bout de la terre léché les babines baluchonné mon désir

sac à dos vers ces grands beaux lacs sont limpides ses yeux de belle renarde sont gris, ils sont verts ou  rouges  ou bleus je bois alors tout autour de ses cils la rosée bleutée, sur mon doigt les traces de pigments rouges du creux de ces lèvres

qui ne disaient toujours rien j’ai pensé sans rien dire

lèche, dévore, dévale, il y a les poudreuses, les torrents  de pierres précieuses il faut s’en recouvrir à mi cœur se laver la peau blanche palper dans le lit à grande eau les couleurs qui font plouf  c’est moi qui disparait le long des cotes rauques et tout ça au bruit de l’eau

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(c) Brigid Watson , oil painting , i can see water

J’aime ces êtres comme ce paradis de corail à la surface la main dessine des fleurs qui s’embrassent sur la bouche faire l’amour en piaillant jus de citron comme un fleuve de couleur  je me noie juste pour voir, juste par plaisir pour mieux voir son visage, pastor sac à dos vers ces grands lacs limpides ils sont gris, verts ou bleus je bois alors tout autour de ses cils la rosée bleu, les traces de pigments rouges, ces creux dans ces lèvres, lèche, dévore, et dévale il y a les poudreuses, les torrents  de pierres précieuses il faut s’en recouvrir à mi cœur se laver la peau blanche palper dans le lit à grande eau les couleurs qui font plouf  c’est moi qui disparait le long des cotes rauques

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 (c) Birgid Watson

Rencontre avec Angèle Casanova

Vase communicant. Cela devient un rendez-vous récurrent le premier vendredi du mois, de publier ici une contribution d’un bloggueur amie, une dans le cas présent. Je vous propose, ce mois, de lire un texte d’Angèle Casanova et de découvrir son site « gadins et bouts de ficelles » où vous me retrouverez avec un texte sur le peintre japonais Inoue Yu Ichi. Le japon semble être notre point de rencontre.

 

celui-là je l’aime celui-là j’adore pas il pointe du doigt chaque rectangle énonce son verdict et passe au suivant

Lucario faites la vague

quelques détails techniques me sont fournis je les écoute consciencieusement

Dardargnan poison paralysant

lui il a plein d’évolutions j’aime bien quand il est bébé mais après non

Pikachu vive-attaque

les pages défilent usées craquantes elles portent les stigmates de la passion partagée le catalogue lui a été donné un cadeau inouï signe d’une nouvelle fraternité

Pironille fournaise

il le conserve tout près de sa tête sur sa table de chevet et le compulse des heures cartes en main étudiant qui attaque à 120 qui est super fort et qui il aura la prochaine fois le jour du cahier

Rattatac choisir une carte dresseur ou une carte supporter

et puis il me raconte le drame du moment la maîtresse a attrapé Nina elle a déchiré sa carte c’était sa meilleure en plus

 

 

Au-delà de la surface contenue, presque sèche comme un marais dans la peinture, il y a ce qui vibre. Ce qui vibre est étrange comme un zèbre dans la savane on  dirait qu’il pourfend, est-ce par la vitesse qui devient de plus en plus fine ou par la sédimentation que s’opère ce revirement vers le plus sombre, courre sur ce solide qui n’est plus que fugace, vêpres de couleur ou la lumière. Traits aspirés, il n’est pas de fond blanc qui galope et surgit à la gorge une longue pluie terrasse d’une lumière électrique insaisissable, sorte de claquement avant que se referme la dominante.

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 (c) Hallveig Agustsdottir

http://hallveigagustsdottir.com

Comment ne pas être d’un endroit, n’être pas d’un endroit d’ailleurs qui n’existe pas tant il est vide, un endroit, ailleurs, comme voulant tracer une échappée et nier l’apparente profondeur de ce qui n’est que posé.

L’appartenance est aléatoire, il ne s’agit pas d’un lieu ni « d’être » en remuant la queue comme si d’avoir pissé là établissait une préséance qualifiant l’air autours de soi, d’endroit. Ou d’Un mot comme vague qui nous transporterait comme « là » irait – d’où le mouvement sombrerait écroulerait, l’être là, comme projetant le flot et soi sans retenu au-delà du connu du présent, vers un jour que la profondeur établit dans l’éloignement.

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JOSEF KOUDELKA (B. 1938) Portugal, 1976